Economie

Tandis que les nationalistes hindous au pouvoir continuent de légiférer à tout-va afin d'imposer le végétarisme dans le pays, la société liégeoise ProAniWal va conclure ce mercredi un “MOU” avec l’Etat de Meghalaya visant à croiser le bétail local avec la race bovine belge.


Il a beau être officiellement retraité de son alma mater, Pascal Leroy poursuit avec ardeur sa "croisade" à travers le monde “au nom des nombreuses vertus de la ‘BBB’, martèle-t-il. La race bovine Blanc-bleu belge, destinée à la production du viande, cartonne en effet à la grande exportation. L’ancien doyen de la faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Liège pilote aujourd’hui ProAniWal (Promotion des productions animales de Wallonie), une absl créée en 2000 à l’initiative de son ancienne faculté et de l’unité d’économie et de développement rural de Gembloux agro-bio tech (ULg). “Nous avons jadis créé cette structure en réponse aux critiques continuelles formulées à l’encontre de la race bovine. Nous étions aigris de voir à quel point la viande est décriée en Belgique”. Et le Liégeois de fustiger : “Quand j’entends que certains déclarent pas plus tard que la semaine dernière que la viande bovine en Belgique ‘est piquée’, cela me rend malade !”

Quatre entreprises wallonnes et deux unifs signent des contrats à Delhi

Après avoir conquis l’Amérique du Sud et l’Afrique, Pascal Leroy s’attaque à présent au continent asiatique. “La particularité du bétail indien, expose-t-il, c’est que son rendement en viande est très faible. Nous allons donc croiser le bétail local avec nos bovins mais également avec nos porcs”.

Pour rappel, depuis dimanche, se tient une visite d’Etat en Inde à laquelle participent une série de ministres dont le ministre-Président de la Wallonie, Willy Borsus (MR), 84 entreprises - dont 25 wallonnes – et l’ensemble des universités du pays. Le roi Philippe et la reine Mathilde conduisent cette mission de haut vol. L’Inde et la Belgique célèbrent cette année 70 ans de relations diplomatiques. La dernière visite d’Etat sur place remonte à 2008.

Ce mercredi, à Delhi, quatre entreprises wallonnes parmi lesquelles Vésale Pharma, société spécialisée dans les solutions probiotiques, et ProAniWal signeront des contrats avec des partenaires indiens. L’UCL (accord d’échange d’étudiants avec le “MIT” indien) et l’Université Saint-Louis de Bruxelles conclueront également des conventions avec des universités du pays.

Les vaches sacrées, un sujet encore et toujours polémique

ProAniWal concluera de son côté un “MOU” (‘Memorandum of understanding’, littéralement un protocole d’entente) avec l’Etat de Meghalaya, situé au nord-est de l’Inde, afin d’exporter de la semence bovine (NdlR : ce ne sont donc pas les animaux qui sont exportés) dans cette région à forte population chrétienne où la consommation de viande n’est pas (encore?) répréhensible pénalement.

Car, il faut le souligner, le transport et l’abattage des bovins ainsi que la consommation de leur viande constituent encore toujours en Inde un sujet ultra polémique. “Les vaches y conservent un statut sacré. Elles symbolisent la nation indienne”, explique Gilles Verniers, professeur de sciences politiques à l’Université d’Ashoka et ancien étudiant de Saint-Louis et de l’UCL. “Par ailleurs, les nationalistes hindous actuellement au pouvoir prônent le végétarisme en adoptant des lois très restrictives visant à protéger les bovins”. Et le même d’illustrer : “Concrètement, à Delhi, la possession de viande de boeuf n’est pas criminalisée. Par contre, si vous vous rendez sur mon campus universitaire - qui est localisé à une heure en voiture de Delhi - et que l’on vous attrape dans la voiture avec une brochette de viande, vous pouvez faire 10 ans de prison!”

Le sujet s’est mué ces dernières années dans le pays en un véritable problème communautaire dans la mesure où certaines compétences relèvent de l’Etat central (le fédéral) tandis que d’autres relèvent des 30 états (les régions) qui le constituent. “Dans le cas présent, ce sont les régions qui sont compétentes, pas le fédéral. Mais ce dernier tente de faire pression sur les régions en prenant des lois qui interdisent la consommation de viande”, commente encore Gilles Verniers. Avant d’ironiser : “En tant que Belge, j’étais en fait plutôt bien préparé à la politique indienne”.

Au regard du “MOU” qui sera conclu ce mercredi avec ProAniWal, l’Etat de Meghalaya n’a visiblement pas l’intention de céder aux pressions émanant de l’Etat central. En tout cas pas pour le moment.