Faits divers

L’histoire incroyable d’un fonctionnaire victime d’une usurpation d’identité

BRUXELLES “Tout commence dans la nuit du 14 au 15 juin passé. J’avais laissé ma mallette à l’arrière de ma voiture. Le lendemain, la lunette arrière était fracassée et ma mallette avait disparu” , explique Roger, fonctionnaire de Bruxelles. Immédiatement, il se rend au commissariat, déclare le vol de son bien et de tous les documents qu’il contenait. Dont sa carte d’identité électronique.

Commence alors une véritable épopée, dont l’épilogue se fait attendre. “Le lendemain, la police me téléphone. On a retrouvé la mallette; presque tout y est, sauf ma carte d’identité” , poursuit-il. Celle-ci est alors déclarée volée auprès de l’administration. Le 28 juin, “elle est définitivement bloquée”.

Croit-on ! Car environ un mois plus tard, les mauvaises nouvelles arrivent dans la boîte aux lettres : Roger est victime d’une usurpation de l’identité. “Début juillet, les premiers faits sont visibles. Je reçois un appel de ma banque qui me demande de venir de suite. Quelque chose s’est passé” , raconte le malheureux. Ce quelqu’un venait d’effectuer deux retraits sur le compte d’épargne du fonctionnaire. 5.900 euros ont disparu.

Et ce n’est que le début. Dans les semaines qui suivent, Roger reçoit “des factures de téléphone auprès des grands opérateurs du pays” . En l’occurrence, il s’agit d’abonnements qui permettent au(x) malfaiteur(s) d’appeler pour des sommes exorbitantes. L’une d’elles représente plus de 3.500 euros… sur six jours !

Une douzaine de sociétés seront prises au jeu de l’usurpateur. Abonnements téléphoniques, ouvertures de comptes bancaires, ouvertures de lignes de crédit et déviation de courrier. “Et ce n’est que ce que j’ai pu voir, il est possible qu’il y en ait d’autres dont je ne sois pas au courant, puisque du courrier s’est volatilisé.”

En tout, ce sont près de 20.000 euros qui seront frauduleusement obtenus, aux frais de Roger. Combatif, il porte systématiquement plainte “dans plusieurs commissariats car certains “semblent en avoir marre de me voir. J’ai l’impression qu’ils se contentent d’enregistrer les faits. L’enquête n’avance plus, malgré de nombreux indices” . Notamment des adresses, des numéros de téléphone et des images de surveillance.

Ce n’est pourtant pas le pire. La carte d’identité étant signalée volée, Roger reçoit un courrier dès que celle-ci est utilisée. C’est-à-dire dès qu’une société interroge la base de données CheckDoc du SPF intérieur. “On m’a montré le fonctionnement. Un message apparaît clairement qui signale que la carte est volée.”

En vain, à l’évidence. Tandis que certaines institutions ne connaissent même pas l’existence du système, d’autres l’emploient.

Puis octroient malgré tout crédits, comptes et autres services. “C’est incompréhensible. Ce système existe mais on ne s’en sert pas. Ma carte d’identité est toujours dans la nature et la personne l’utilise en toute impunité. Dans ces cas-là, on se sent très seul et on attend le prochain méfait.”

Un fatalisme auquel s’ajoute l’inquiétude : “Ma carte est valable jusqu’en décembre 2013. Si on ne la retrouve pas, elle peut encore servir. Même après décembre 2013 car je me demande si l’on fera attention à la date de validité…”



© La Dernière Heure 2012