Faits divers

Rue d’Aerschot, 47% des prostituées sont parties et 17% des bars ont fermé. Tout profit pour la “prostitution ethnique”, surtout tsigane

BRUXELLES L’industrie du sexe est frappée de plein fouet par la crise, à Bruxelles en tout cas où un recensement hier midi dans le quartier gare du Nord à Schaerbeek et St-Josse révèle que 10 des 58 bars de la rue d’Aerschot (soit 17,25 %) étaient fermés, ce qui est historique : “Du jamais vu de mémoire d’ancien, peut-être même depuis la guerre.”

Selon ce recensement, 26 des 48 bars ouverts (soit 44,8 %) ont affiché sur la vitrine qu’“ici, on cherche des “serveuses” . 32 bars – soit les 2/3 des 48 bars ouverts – ne trouvent pas d’“hôtesses” et travaillent en sous-effectif de personnel, dont 10 avec une fille sur trois par rapport à septembre.

S’il est a priori réjouissant que cette exploitation de la prostitution soit en difficulté, la situation, selon des policiers, favorise le retour à des pratiques de traite et de mise au travail forcé qui se constatent déjà avec l’arrivée “massive” de jeunes filles tsiganes provenant de campements précarisés en Roumanie. Des policiers parlent de “prostitution ethnique”.

Selon Denis Le Moal, qui n’est pas policier mais connaît le quartier, la clientèle a baissé “de 50 à 70 % depuis septembre. […] Et Noël, habituellement très attendu par les filles, fut catastrophique”.

16 bars sur 58 maintiennent le nombre de prostituées d’avant la crise. En trois mois, près d’une prostituée sur deux (exactement : 68 sur 145, soit 47 %) a déserté le quartier, “un fait sans précédent” .

Les filles affrontent la crise et le chômage technique en s’adaptant, ce qu’elles traduisent, du moins certaines, en bradant les tarifs “de 25 %”.

Craintes et risques accrus de mises au travail forcé. Denis Le Moal : “Dans la prostitution aussi, la nature a horreur du vide. C’est capitaliste : les bars ne peuvent rester fermés et les vitrines vides.” En clair, le milieu cherche.

Et déjà, l’on notait hier l’arrivée suspecte au début de la rue d’Aerschot d’une première demi-douzaine de jeunes filles asiatiques, Vietnamiennes ou Thaïlandaises, “arrachées dans les campagnes” , selon des sources.

Denis Le Moal : “Beaucoup de filles bulgares ont disparu en quelques jours. Certaines sont rentrées à Sliven. D’autres préfèrent travailler via internet.”

Des tsiganes roumaines les remplacent déjà, et c’est ce qui inspire les craintes, rue d’Aerschot, de “prostitution ethnique” .

Le Moal : “Vous verrez toujours du monde, mais c’est trompeur. La plupart se rincent les yeux; très peu entrent. Des filles se plaignent de ne plus faire que deux clients par douze heures de présence en vitrine, ce qui, oui, n’était jamais arrivé.”



© La Dernière Heure 2009