Faits divers Connu pour meurtre, tentative de meurtre et trafic international de chèques, le patron du Sphinx craignait le pire.

Oui, la justice peut faire la part des choses. C’est ce qu’elle a montré hier en acquittant le bien connu (de la police) Marc Ulaj, qui aura quand même dû patienter… quatre ans.

Marc Ulaj avait très mal commencé l’année 2014. Le 1er janvier 2014 à 6 h du matin, l’ancien truand recyclé patron de bar se faisait arrêter pour racket dans la rue des Pitas, cette rue fameuse à Bruxelles près de la Grand-Place. En fait, Ulaj avait revendu son établissement, le Sphinx, à un certain Mehmet Aksit qui affirmait depuis lors qu’Ulaj le menaçait s’il ne payait pas 200.000 euros.

Ulaj fut donc interpellé le 1er janvier 2014, perquisitionné, privé de liberté, présenté au juge d’instruction et inculpé pour tentative d’extorsion, menace et harcèlement. Il pouvait nier : qui allait écouter quelqu’un traînant un tel passé ?

"C’est toujours la même chose", soupirait l’Albanais, "quand on a des antécédents, on est directement coupable. Quand on m’a arrêté, un policier m’a même dit que je ne sortirais jamais. Et sa collègue a ajouté qu’on ne serait tranquille à la police de Bruxelles que le jour où je serais définitivement en prison".

"Si ce n’est pas du parti pris, concluait l’homme de 52 ans , dites-moi ce que c’est".

Bien connu , Ulaj l’est depuis 28 ans. En 1989 pour tentative de meurtre. En 1992 pour meurtre, mais la cour d’appel rectifia le tir et reconnu (à son avantage) la légitime défense. Portier de nuit au Bolero, Ulaj avait tiré sur des clients agressifs, et l’un d’eux était mort. En 2000, Ulaj refaisait surface pour trafic international de chèques à hauteur d’1 million d’euros. Et le revoilà en 2013, patron d’un bar à cocktails appelé le Sphinx, qu’il revend en juillet à Mehmet Aksit.

Avant de céder le Sphinx, Ulaj y avait fait installer 16 caméras. C’est l’argument choc d’Olivier Martins qui le défend : que l’on examine les vidéos et l’on verra bien que son client n’a menacé ni racketté personne. Les images n’ont jamais pu être récupérées. Les 16 caméras étaient curieusement toutes en panne. Ou bien les a-t-on effacées pour ne surtout pas les remettre à la justice et voir que les accusations étaient cousues de fil blanc ?

L’argument de Me Martins a convaincu la 50e chambre. Pour le tribunal, Ulaj a simplement cherché à récupérer une partie du prix de vente du Sphinx qu’Aksit tardait à lui payer et le fait d’avoir insisté à plusieurs reprises n’est pas en soi constitutif de harcèlement. Pas de racket, pas de menaces, pas de violences.

Aujourd’hui, le Sphinx, à la rue des Pitas, a changé de nom. Son ancien patron Marc Ulaj se plaignait : "Quand on a un casier, on est catalogué. Au moindre problème, on ressort tout votre dossier. On se fout que vous travailliez ou non. On ne sait pas vivre comme ça. Autant nous laisser tout le temps en prison."

Eh bien non : lourd passé ou pas, Marc Ulaj est acquitté.