Faits divers

Taha Bouhafs, jeune militant de La France Insoumise (LFI), auteur de l'une des vidéos montrant Alexandre Benalla en train de frapper un manifestant le 1er mai, estime qu'"en tant que témoin", il a "besoin de savoir la vérité".

Cet étudiant, ancien candidat aux législatives dans l'Isère, qui participait à sa première manifestation du 1er-Mai parisienne, raconte à l'AFP les conditions dans lesquelles il a filmé cette scène.

Dans quelles circonstances avez-vous tourné cette vidéo ?

"Ça se passe le 1er-mai, à l'issue de la manifestation qui a avorté gare d'Austerlitz suite à l'intervention policière sur les cortèges syndicaux. Avec un ami, on se retrouve dans le Quartier Latin pour aller boire un verre, on reçoit un SMS d'une militante qui nous invite à un +apéro militant+ place de la Contrescarpe pour débriefer. Il y a une cinquantaine de jeunes en train de boire des bières tranquillement.

A partir de là, des CRS vont bloquer les entrées et les sorties de la place, la tension va monter très rapidement, des slogans, des jets de projectiles, etc. On voit intervenir Alexandre Benalla et Vincent Crase qui interpellent une jeune fille et la confient à un troisième homme."

A ce moment-là, est-ce que vous savez qui c'est?

"Absolument pas. Je ne me doutais pas que c'étaient des collaborateurs d'Emmanuel Macron. Pour moi, c'étaient des policiers, et c'est en ce sens que j'ai sorti mon téléphone, pour filmer la scène et dénoncer des violences policières. C'est tel quel que j'ai publié (la vidéo) sur mon compte Twitter avec la mention violence policière. On reçoit alors plusieurs photos de militants montrant cet homme un peu partout dans la manifestation. A ce moment-là, personne ne se doute de qui il est. J'ai appris comme tout le monde, avec l'article du Monde, qui il était."

Comment expliquez-vous le délai entre le moment où vous publiez la vidéo et le moment où son identité est révélée?

"Aujourd'hui il y a des commissions d'enquête parlementaires, des enquêtes de l'IGPN (Inspection générale de la police nationale) et du parquet qui sont ouvertes pour déterminer les responsabilités mais il est sûr que Benalla était couvert et qu'il a des gens dans sa poche.

Les réponses (du ministre de l'Intérieur Gérard Collomb) sont insatisfaisantes, floues, il est resté très vague en transférant la responsabilité qui est la sienne aux violences qui ont eu lieu durant le mouvement social. (...) Il faut que Macron s'exprime, moi en tant que manifestant, en tant que témoin j'ai besoin de savoir la vérité.

On n'a toujours pas la vérité, on ne sait toujours pas ce qui s'est passé, qui l'a autorisé à venir, qui l'a couvert, pour quelles raisons et on a un président qui se cache, qui n'a pas pris la parole depuis plusieurs jours alors qu'on est en plein scandale d'Etat. Je pense qu'il doit rendre des comptes."