Faits divers

Le tribunal correctionnel de Charleroi a rendu son jugement, ce mercredi, dans le dossier de l'assassinat de Didier Prospero, survenu en 2016 à Froidchapelle. Nathalie Flaba, l'épouse de la victime, qui avait maquillé son crime en cambriolage, contestait la préméditation qui a toutefois été retenue. Elle écope de 26 ans de prison. Le 24 mars 2016, le corps sans vie de Didier Prospero avait été retrouvé par ses enfants dans la salle de bains de sa maison de Froidchapelle. 

La victime avait été abattue de huit balles et tout laissait penser à un cambriolage mortel. Les enquêteurs ont toutefois confondu l'épouse du défunt, Nathalie Flaba, grâce à des traces de poudre découvertes dans la voiture familiale. Cette dernière est passée aux aveux, mais nie toute préméditation.

Selon Me Donatangelo, conseil des proches de Didier Prospero, il s'agit bien d'un crime de sang-froid. Il en veut pour preuve le stratagème mis en place par la prévenue pour faire croire à la thèse du cambriolage, au point de laisser ses enfants découvrir le corps de leur père.

Nathalie Flaba affirme que c'est son mari qui a tué le chien de quatre balles et que, furieuse, elle s'est rendue dans la chambre pour demander des comptes à Didier Prospero qui se reposait, lui qui était rentré de son travail de gardien de nuit à l'IRE. Il aurait répondu, dit-elle, que le beauceron serait "une bouche en moins à nourrir". "J'ai vu l'arme dans le tiroir de la table de nuit et je l'ai saisie. Je lui ai demandé pourquoi nous avions des soucis financiers. Il m'a répondu qu'il s'en servait pour aller chercher du cul ailleurs. Il n'était pas menaçant et je ne sais pas pourquoi j'ai tiré. Il s'est relevé et j'ai continuer à tirer. Il s'est effondré seul dans la salle de bains."

Nathalie Flaba affirme alors avoir voulu camoufler les faits, car "elle ne voulait pas payer une nouvelle fois pour lui". Elle a donc ramassé les douilles, jeté l'arme aux barrages de l'Eau d'Heure et s'est rendue au travail normalement, ne laissant rien paraître.

Selon Me Donatangelo, conseil des parties civiles, la prévenue a agi avec un sang-froid glaçant. "Il n'y a aucune preuve d'infidélité de Didier Prospero. De même, c'est elle qui gérait le budget du couple et on a retrouvé des lettres dans lesquelles elle invente une maladie ou d'autres excuses pour obtenir des prêts d'argent. C'est elle qui dilapidait les économies."

Selon l'avocat et le parquet général, Didier Prospero a été tué dans son sommeil. "Il y a huit balles dans le barillet de l'arme qu'elle a vidée sur son mari. Et le chien a été abattu de quatre projectiles. Si Didier Prospero avait tué son chien, elle aurait dû recharger l'arme en tuant son mari", a précisé l'avocat général, De Brackeleer qui a requis 30 ans de prison contre Nathalie Flaba.

Me Itani, conseil de la prévenue, avait plaidé la disqualification en meurtre, estimant qu'il s'agissait plutôt de "postméditation", tous les gestes pour maquiller le crime ayant été réalisés après celui-ci. Selon l'avocat, le couple était en proie à de lourdes difficultés financières. "On disait d'elle qu'elle n'avait pas trois, mais quatre enfants. Didier Prospero avait l'argent qui lui brûlait les mains. Il aimait s'offrir ce qu'il voulait: des restaurants coûteux, un abonnement au Standard, une moto, etc". Le beauceron abattu aurait donc été pris comme une nouvelle attaque contre elle et servi de catalyseur pour le crime.

Ce mercredi, le tribunal a rejeté la thèse de Nathalie Flaba, relevant que la victime n'avait pu apporter l'arme dans la chambre. Au contraire, c'est elle qui s'y est rendue armée et qui a abattu son mari dans son sommeil, par surprise. Deux tirs au visage, ainsi que le projectile mortel, ont effectivement été décochés alors qu'il était allongé dans son lit. Le dernier, dans la salle de bains, résulte d'une volonté d'achèvement, ce qui démontre qu'elle a poursuivi Didier Prospero, et donc, qu'il ne peut s'agit de tirs spontanés. Son absence d'émotions après les faits confirme le fait qu'elle avait intégré son acte depuis un certain temps.