Faits divers

Que cache l’appel à témoins que le parquet diffuse depuis hier, trois ans et demi après l’assassinat mystérieux à Jette d’un homme sans histoire qui venait d’assister, dans un café, près de chez lui, à la retransmission sur écran d’un match de la Pro League ? Une enquête qui piétine. Comme toutes celles où manque l’essentiel, un mobile et des témoins qui parlent.

À 76 ans, Paul-André Vanderperren était l’illustration parfaite du retraité que rien ne devait amener à mourir en rue d’une balle tirée dans la tête.

Dimanche 14 décembre 2014, 20 h 30. Avec Dennis Praet et Mitrovic, le Sporting vient d’infliger un cuisant 3-0 à Ostende. M. Vanderperren, qui n’est pas abonné à la chaîne qui retransmet, a, comme souvent, suivi le match dans un café d’habitués de l’avenue Liebrecht qui est près de chez lui. Au coup de sifflet final, le Jettois quitte le Mercure pour rentrer à pied. C’est à 100 mètres, pas même 5 minutes, et l’avenue Liebrecht est bien éclairée. Puis il prend la première à gauche, le Clos ‘t Jaegerke. Encore 20 secondes et il sera devant sa porte. Paul-André n’y arrivera pas.

Chez lui, c’est une belle villa où ce retraité des assurances, marié et père de deux grands enfants, habite depuis 1977.

Dans la villa blanche , l’épouse croit entendre un bruit. Elle ne fait pas le lien. Puis, plus tard, une sirène d’ambulance. Mais que fait son mari qui n’est toujours pas rentré ? L’épouse, Nadine, jette un oeil dehors, voit un attroupement sur le trottoir d’en face, et un corps à terre.

Son mari était né le 2 décembre 1938. Le projectile, un seul, a été tiré dans la tête, par l’arrière, à deux ou trois mètres. Le tireur suivait-il sa victime et a-t-il attendu d’arriver dans le clos isolé et moins éclairé ? On peut penser que Paul-André Vanderperren s’en serait aperçu. L’assassin est-il descendu d’un véhicule ? Était-il caché derrière une des hautes haies ? C’étaient les questions du début. Elles sont toujours d’actualité, trois ans et demi après.

Hier, le parquet expliquait que toutes les pistes ont été explorées. Aucune n’a abouti. Le vol ? M. Vanderperren avait de l’argent sur lui. Or son portefeuille n’a pas été volé. S’est-on trompé de victime et a-t-il été tué à la place d’un autre ? Avait-il des dettes ou des problèmes familiaux ? A-t-il surpris une activité criminelle, quelque chose qu’il ne fallait pas ? L’a-t-on exécuté parce qu’il était au mauvais moment au mauvais endroit ? Le mot "exécuté" est employé hier par le parquet. On a même pensé à une sorte de rite d’initiation, une épreuve d’entrée dans un gang.

Il arrivait au retraité de confier du linge à repasser à l’agence ALE installée dans la galerie Mercure : Corine et Valérie gardent le souvenir d’un monsieur "charmant, gentil, aimable, le dernier à mériter cela".

Clos’t Jaegerke, sa voisine d’en face, Axelle Decondé, décrit "un monsieur adorable, sans histoire […] des gens réservés".

Dans ce quartier de buildings où les villas sont l’exception, une rumeur a voulu que la police "recherchait trois jeunes ". Une autre, que M. Vanderperren aurait surpris un trafic de drogue : "L’endroit est un peu isolé, c’est le lieu idéal pour dealer."

Une autre, enfin, fait le lien avec une cache djihadiste trouvée dans un des buildings proches. Le 14 décembre 2014, la Belgique est en alerte terroriste maximale. On recherche Salah Abdeslam. Les attentats de Paris ont eu lieu un mois plus tôt. Et s’il y avait un lien avec ceux qui se cachaient dans le quartier ?

"Cet homme s’est fait abattre sans aucune raison connue", tranche le substitut Denis Goeman qui appelle toute personne qui aurait la moindre information à former le 0800-30300. Discrétion totale assurée.