Faits divers

Ivre, Bennane, qui a fréquenté le tueur de Liège, a dit que des attentats étaient en vue. Le parquet tempère.

C’était une interception qui pouvait comporter des risques, vu le profil de la personne visée. Les Unités spéciales de la police fédérale ont capturé mercredi Fouad Bennane, un libéré conditionnel, qui s’est enfermé dans un islam rigoriste en prison où il a fréquenté le tueur Benjamin Herman, qui a semé la mort mardi dernier dans les rues de Liège.

Mardi, Bennane a rencontré à Liège un journaliste du Morgen. Il était particulièrement agité, paraissant sous l’influence de l’alcool ou de drogue. Au cours de cette rencontre, dans un état second, il a laissé entendre qu’il pourrait encore y avoir des attentats à Liège.

La police a été informée. Bennane n’était pas chez lui. Ce qui a donné des sueurs froides aux policiers. Mercredi à 14 h, il a été localisé à Ensival où il a été capturé par les Unités spéciales. L’interception a été mouvementée. Les policiers sont tendus depuis l’attentat de Liège. Cette émotion explique qu’un policier des Unités spéciales a fait feu accidentellement en sortant de son véhicule. Il est blessé à la jambe.

Fouad Bennane aurait-il pu commettre un attentat ? Le parquet fédéral est formel : il n’était pas question de préparation d’attentat. Fouad Bennane a été arrêté car il n’a pas respecté les conditions de libération conditionnelle fixées en chambre du conseil le 22 mai dernier, a indiqué Eric Van der Sypt, porte-parole du parquet fédéral. Il ajoute que l’arrestation n’a rien à voir avec le dossier Benjamin Herman.

Le dossier en cause de Fouad Bennane est un dossier du parquet fédéral instruit par un juge liégeois et qui a trait à la radicalisation d’autres détenus alors qu’il était en prison.

Fouad Bennane, âgé de 39 ans, a accumulé les condamnations au fil des ans. Il connaît des problèmes de violence depuis qu’il est très jeune.

Cet homme, qui a été pâtissier, a été condamné à 6 mois de prison en 2002 et 8 mois en 2005, à chaque fois pour coups et blessures. En décembre 2006, armé d’un pistolet, il débarque dans un night-shop à Verviers, pointe l’arme sur le gérant et le frappe avec la crosse avant de s’en aller avec 500 euros. Cela lui vaudra deux ans de prison.

Auxquels s’ajouteront, à peine quelques mois plus tard, 18 mois ferme, pour l’agression d’un homme. Il a aussi été condamné pour avoir mis le feu à un véhicule appartenant à sa belle-famille.

Fouad Bennane connaît aussi de gros problèmes d’alcool. En prison, Fouad Bennane bénéficiait d’une aura certaine auprès de ses codétenus. Solidement bâti, il en impose physiquement. Il a pratiqué des arts martiaux et a atteint un niveau élevé. Cet homme, qui a six frères et sœurs, bénéficie aussi d’un grand respect car il est le frère d’Anouar Bennane.

Anouar Bennane était un membre de ce qu’on a appelé la mouvance Habran. Il a été condamné par la cour d’assises de Liège à la perpétuité pour trois assassinats, à savoir des règlements de comptes dans le milieu liégeois. Après cassation et six ans de détention, il a été acquitté. Mais la justice l’a rattrapé. Il a été condamné l’année dernière à Luxembourg à 22 ans de prison pour un braquage à l’explosif commis en 2013.

En prison , Fouad Bennane s’est replié dans l’islam. Il a recopié de nombreux textes de penseurs musulmans. Mais pas n’importe lesquels. Son intérêt le porte vers la branche la plus rigoriste de l’islam. Ses textes font des centaines de pages, qu’il a annotées de commentaires de son cru. Il n’y a rien de djihadiste dans ces textes mais ils contiennent de quoi justifier des actes de violence. "Il a clairement la capacité de radicaliser d’autres détenus", dit une source au fait de son dossier.

Fouad Bennane s’intéressait de près à des textes de Thomas Barnouin, un converti qui a étudié à l’université islamique de Médine, principal vecteur de diffusion du dogme wahhabite.

Thomas Barnouin, qui a rejoint l’EI, est détenu depuis décembre par les forces kurdes. Il appartient à la nébuleuse d’Artigat, organisée autour du Franco-Syrien Olivier Corel, l’émir blanc qui serait le lien entre Merah et le djihad.

Fabien Clain, qui a revendiqué les attentats de Paris, appartient à cette nébuleuse.

Le parquet fédéral examine si Fouad Bennane aurait pu radicaliser Benjamin Herman qu’il a fréquenté en prison. "Cet aspect fait partie de l’enquête sur Benjamin Herman mais, à ce stade, il n’y a pas de preuves allant dans ce sens", souligne M. Van der Sypt.

Vu son arrestation, Fouad Bennane ne devrait pas sortir de prison avant son procès. "Et quand il sortira, il sera encore plus enragé : qu’il ait bu un verre, pris de la coke, en quelques secondes il peut enfiler un costume de djihadiste car, dans sa tête, il a les instruments qui peuvent le faire basculer", prévient un acteur important de l’antiterrorisme.