Faits divers Huit ans plus tard, la chambre du conseil se réunira enfin le 26 mars pour envisager le procès.

Dans quelques jours, les victimes et familles des disparus commémoreront le huitième anniversaire de la catastrophe ferroviaire de Buizingen, l’accident de train qui coûtait la vie à 19 personnes et faisait 162 blessés le 15 février 2010. Huit ans plus tard, les familles se sentent toujours abandonnées tant moralement que financièrement.

Le procès n’a toujours pas débuté même si le bout du tunnel se rapproche. Alors que la date de prescription pénale se rapproche (elle est estimée à 2022), la chambre du conseil se réunira le 26 mars prochain pour décider de renvoyer, ou non, Infrabel, la SNCB et le conducteur du train devant le tribunal de police de Hal. En attendant que le procès fixe les responsabilités, les avocats des victimes se battent pour obtenir les premières indemnisations.

"J’ai une cliente qui a perdu son mari et son fils. Des demandes d’indemnité de montants importants sont toujours en cours, mais elle n’a reçu jusqu’à présent que de très faibles provisions alors qu’elle doit désormais assumer seule les études de ses deux fils", témoigne Me Thierry Cordier qui s’occupe de trois clients touchés par la catastrophe.

"Mon deuxème client a été extrêmement choqué psychologiquement. Mais il n’a toujours pas été indemnisé. Le troisième a perdu sa fille et a reçu une proposition d’indemnisation qu’il a jugée insuffisante. Il n’a donc pas encore été indemnisé non plus."

En plus de la lenteur des assurances pour le volet indemnisations, la plupart des victimes doivent faire face à d’importants frais de justice qui ne sont pas remboursés. "J’ai dû obtenir une copie et une traduction d’un carton de documents parce qu’ils sont enregistrés en néerlandais au tribunal de police de Hal", poursuit l’avocat. "Il y en avait déjà pour près de 2.000 euros de frais rien que pour obtenir des copies en français…"

Interrogé sur la question ce mercredi par le député Eric Thiébaut (PS), le ministre de la Justice Koen Geens (CD&V) n’offre pas de réelle solution. "Une gratuité complète n’est pas possible actuellement, étant donné les frais de fonctionnement de justice", dit le ministre. "Dans le cadre de la poursuite de la numérisation des dossiers, nous nous efforçons de diminuer, à terme, ces frais pour l’ensemble des parties."

"Le ministre est très poli mais il faut avouer qu’il n’y a pas beaucoup de perspectives offertes aux victimes ", réagit le député Eric Thiébaut qui se bat également pour que les victimes obtiennent le statut de "victimes de catastrophe". " Je vais me tourner vers la ministre de la Santé Maggie De Block (Open VLD) et lui demander si elle envisage une modification du statut spécial des victimes, un peu comme les victimes des attentats. Elle doit l’élargir aux catastrophes ferroviaires qui ont un caractère exceptionnel."

"Qu'ils ne soient pas morts pour rien"

Geneviève Isaac a perdu son mari et son fils aîné le 15 février 2010.

Pour elle, la terre s’est arrêtée de tourner il y a huit ans. Depuis, elle survit et se bat pour obtenir des réparations et des réponses à ses questions. "Mes deux garçons, qui sont orphelins de leur père et qui ont perdu leur frère, n’ont reçu que l’avance légale", raconte la Montoise Geneviève Isaac. "En termes d’indemnités, nous sommes toujours nulle part. Nous sommes aussi oubliés et niés dans notre statut de victimes. Nos défunts sont juste des numéros dans un dossier d’une compagnie d’assurance."

Après huit années d’attente, Geneviève ne croit désormais plus vraiment en la justice. "Je me pose juste une seule question : pourquoi, après la catastrophe de Pécrot, les trains n’ont pas été équipés du système ETCS (NdlR : système européen de contrôle des trains) ? Mais je ne me fais pas beaucoup d’illusions pour l’ouverture des débats en chambre du conseil le 26 mars. Il n’y aura sans doute pas de citation pour l’ouverture du procès avant l’année prochaine", regrette-t-elle. "Avec tout ça, on se rapproche du délai de prescription pénale (NdlR : estimé à 2022) et c’est ce qui arrangerait la SNCB et Infrabel. Ils se sont amusés avec les expertises et contre-expertises et nous avons assisté à une vraie partie de ping-pong entre les deux sociétés. C’est lamentable."

En attendant , la veuve n’a toujours pas réussi à faire son deuil. "Pour l’instant, on ne peut pas avancer beaucoup. En plus de ça, j’ai déclenché un cancer de la moelle osseuse l’an dernier. Malgré ça, j’ai toujours le courage de me battre parce que j’ai encore deux fils. Et je ne veux pas que mon fils aîné et mon mari soient morts pour rien. Même en termes de commémoration, ce sont les victimes qui doivent rappeler aux autorités qu’il s’est passé quelque chose le 15 février 2010."

Anita MAHY présidente de l’asbl Catastrophe ferroviaire Buizingen : plus jamais !

"Pas possible de faire son deuil"

"Début janvier, nous avions rencontré le chef de cabinet de Koen Geens et le conseiller du Premier ministre à propos de la lenteur du dossier. Nous avons même demandé que Koen Geens fasse un projet de loi pour placer une limite dans le temps pour tenir le procès. Mais je n’ai pas eu de réaction… Nous sommes toujours dans le vide et ça commence à faire long… Le délai raisonnable est largement passé. Les familles ne savent pas faire le deuil sans connaître les raisons exactes de la catastrophe. Notre ASBL organise une commémoration pour les huit ans. Ça se fera à la place de Buizingen dès 10 h le dimanche 11 février."