Faits divers Le directeur sportif des Loups révèle enfin son double jeu: il enquêtait de l'intérieur
ur la mafia du football...

BRUXELLES Dès mardi, nous révélions qu'un dirigeant de La Louvière, rencontré dans l'anonymat, confirmait les aveux de Bodart - publiés dans la DH du samedi -, parlait de matches truqués et tardait de raconter aux enquêteurs ce qu'il avait vécu, vu et entendu dans le club depuis le milieu de l'année passée: enfin, un responsable craquait au Tivoli! Mais ça n'a pas traîné. Tout de suite, Filippo Gaone et l'avocat Laurent Denis ont deviné que l'homme qui se mettait à table n'était autre que leur... directeur sportif, Chris Benoît, également libraire (en faillite) à Bruxelles.

Cette attitude ne lui a toutefois pas permis d'échapper hier à une interpellation par la justice.

Chris Benoît le révèle aujour- d'hui: pendant des mois, il a joué un rôle très particulier au sein du club, un double jeu qui a consisté à informer en sous-main les enquêteurs et à convaincre Gaone d'empêcher à tout prix la mainmise mafieuse de Ye, d'Allatta et Magri sur le club.

Pour Chris Benoît, tout a commencé bien avant l'arrivée au club de Bodart. Pour l'avoir dans son camp, Allatta a voulu compromettre le directeur sportif. C'est l'épisode de la strip-teaseuse qu'Allatta amène au Tivoli: c'était dans le bureau de Chris Benoît. Chris Benoît intervient dans l'interpellation au Hilton de Ye, Allatta et OIivier Suray, qui est là par hasard.

Tandis que d'autres - comme l'ex-manager des Loups Stéphane Pauwels - l'accusent d'avoir été un pion essentiel de la corruption, Chris Benoît rétorque qu'il a pris des risques pour infiltrer la mafia du foot. Il se souvient d'un rendez-vous risqué avec Allatta sur un parking d'autoroute. «J'hésitais. Laurent Denis me déconseillait d'y alller. J'ai quand même pris le risque en demandant à ma femme de prévenir immédiatement qui de droit si je ne l'appelais pas tous les quarts d'heure.»

En révélant le rôle qu'il aurait joué depuis sept à huit mois, Chris Benoît s'est positionné en dirigeant capable de rassurer sponsors et supporters et d'assumer un rôle de relance quand la justice aura fait le nettoyage. «Ma force, dit-il, est d'aimer le foot pour le foot sans avoir d'ambition financière. Je ne fais pas cela pour l'argent. Quand Gaone, en m'engageant, m'a demandé de fixer mon prix, je lui ai répondu: Faites-le vous-même, président. Je ne travaille pas pour l'argent. J'ai ma librairie.»

Entre-temps, nous apprenons quand même que son commerce du boulevard Adolphe Max est en faillite depuis le 27 février 2006, ce qu'il s'est bien gardé de préciser, NdlR.

Pour les avoir observés de l'intérieur, Chris Benoît met en cause plusieurs joueurs comme Shaurray, Sissoko, Oponga, Espartero et Ekani.

Jusqu'à hier, Chris Benoît épargnait le président Gaone - «Je le soutiens à 2.000%»- et se montrait plutôt «compréhensif» avec l'avocat Laurent Denis dont il espérait qu'il fasse la preuve de son innocence »dans cette campagne d'amalgames et de dénigrement», fin de citation.

© La Dernière Heure 2006