Faits divers

Témoignage d’un jeune Molenbeekois qui a voulu combattre en Syrie et s’est fait inculper du chef de participation à une organisation terroriste…

BELGIQUE En septembre dernier, le parquet fédéral annonçait avoir démantelé une “filière terroriste à destination de la Somalie” et précisait que “sept djihadistes prêts à faire la guerre sainte en Somalie” avaient été arrêtés. De nationalité belge, trois suspects avaient été interpellés en Belgique, un autre au Kenya et les trois derniers à Paris.

Aujourd’hui, ils sont quatre à avoir recouvré leur liberté. Notamment les trois jeunes Molenbeekois extradés depuis Paris. Nous avons rencontré l’un d’entre eux, Youssef, 23 ans, libéré le 22 mars après avoir été détenu préventivement six mois à la prison de Forest, où il a perdu une vingtaine de kilos.

Sans antécédents judiciaires, ce jeune Belge d’origine marocaine a envoyé de l’argent en Somalie à un combattant qu’il avait fréquenté dans son quartier molenbeekois. “Aux alentours de 2.000 € en un an et demi” , nous révèle-t-il. Chaussé de ses baskets et coiffé de sa casquette, il se décrit comme un “musulman modéré qui boit de l’alcool et fume occasionnellement”.

Pourquoi avoir envoyé de l’argent là-bas ? “Vous tapez sur YouTube Somalie et vous voyez comment les gens vivent. Je ne regardais pas les soldats qui faisaient la guerre, mais quand vous voyez un bébé et juste à côté un vautour qui attend qu’il meure pour le dévorer…”

Précisons que, sur le site de partage de vidéos, l’association des termes Somalie et vautour renvoie effectivement à une vidéo des plus tristes intitulée La petite fille et le vautour . On y apprend que le photographe qui a pris en 1993 la photo évoquée par Youssef – prise au Soudan et non pas en Somalie – s’est suicidé après avoir gagné le prix Pulitzer en 1994, soi-disant faute d’avoir pu sauver l’enfant…

Parallèlement, Youssef est aussi parti à deux reprises vers la Syrie, avec des amis. Objectif : “rejoindre l’armée libre pour combattre à ses côtés” , soit les brigades Sokor al sham – les brigades des Faucons du Sham (ancienne appellation de la Syrie) – dont deux des commandants ne sont autres qu’Abdel Rahman Ayachi et AbduRaouf Abu Marwa (Raphaël) Gendron, deux cadres du feu Centre islamique belge (lire ci-dessous)…

Toujours est-il que Youssef et deux des trois amis qui l’accompagnaient se sont fait intercepter non pas lors de leur premier voyage, en mai 2012, mais lors du second, en septembre, à une trentaine de kilomètres de la frontière turco-syrienne.

“La police turque nous a fait peur en nous disant que cela craignait. On s’est tous dit qu’on n’était pas capables de combattre et qu’on avait peur de mourir” , poursuit Youssef. Raison pour laquelle nos quatre combattants en herbe ont décidé de faire demi-tour.

Lors du contrôle de leurs passeports à l’aéroport de Paris, Youssef et ses copains ont été arrêtés et extradés vers la Belgique. Un mandat d’arrêt européen avait été émis depuis Bruxelles à leur encontre pour participation à une organisation terroriste n’ayant d’autre ambition que d’acheminer des djihadistes belges en Somalie.

“La thèse de mon client, c’est qu’il n’a pas combattu, ni en Somalie ni en Syrie. La thèse du procureur fédéral, c’est qu’il a bien combattu en Somalie, même s’il a fini par reconnaître en mars que son second voyage avait bien pour destination la Syrie. Mon client a ensuite été libéré” , explique Sébastien Courtoy, ténor spécialisé dans les affaires terroristes. Et d’ajouter : “Actuellement, on ne sait pas dire si oui ou non le fait d’aller combattre en Syrie peut être considéré comme du terrorisme.”

En attendant son procès, Youssef s’est confié à La DH.



© La Dernière Heure 2013