Faits divers Ils n’avaient pas de stratégie claire et se souciaient peu d’être détectés, note la CTIF. Ils privilégiaient souvent le cash.

Les attentats de Paris et de Bruxelles ont eu un coût humain très élevé. D’où la tentation à attribuer aux auteurs un grand professionnalisme. Mais, à certains niveaux, l’organisation semble avoir été improvisée. Plusieurs auteurs ont renoncé au dernier moment. L’analyse du financement des attentats reflète la même image, note la Cellule de traitement des informations financières (CTIF) dans son dernier rapport annuel.

La cellule a étudié le profil financier des personnes impliquées dans les attentats. Elle montre qu’une partie importante des revenus transitant par leurs comptes en banque provenait de salaires, d’allocations de chômage ou d’autres allocations sociales.

Plusieurs terroristes étaient connus de la justice, notamment pour stupéfiants, vols et recel. "Les revenus de ces activités illicites correspondaient probablement aux versements en espèces occasionnels relevés sur leurs comptes", note la CTIF, pour qui il est probable que la plus grande partie des revenus en cash ait aussi été dépensée en cash : location de voitures, achat de drogues et de biens de luxe.

Pour la CTIF, il est probable que ce cash ait été alloué à des dépenses logistiques pour la préparation d’attentat. Le financement extérieur est sans doute marginal. "Il ressort des informations disponibles que si Daech a apporté un soutien financier, la plus grande partie du financement des cellules s’est déroulée de manière autonome", conclut la CTIF. Ce qui les a conduits à utiliser des sources de financement et des techniques sans stratégie claire et parfois même sans sembler se soucier d’une possible détection.

Un usage intensif du cash

L’analyse financière des attentats montre qu’il est difficile d’obtenir une image claire de leur financement car les auteurs faisaient un usage intensif d’argent cash. L’examen des comptes en banque des intéressés n’a ainsi pas permis de justifier les achats d’armes et d’explosifs, la location de voitures et de planques ou tout autre frais lié à la mise en place d’une cellule terroriste. Cela est corroboré dans les aveux des personnes arrêtées. Elles disent que pratiquement toutes les dépenses avaient lieu en cash.

Toutefois, dans les cas où l’utilisation du cash attirerait trop l’attention, des cartes prépayées ou un compte en banque ont été utilisés. Mais, dans ces cas également, de l’argent cash a préalablement été versé sur un compte.

Les auteurs des attentats de 2015 et de 2016 ont aussi fréquemment utilisé des applications récentes ainsi que des systèmes de paiement. Il y a beaucoup d’achats en ligne réglés via Paypal ou d’autres systèmes de paiement en ligne. Ces transactions ne sont pas liées directement avec les attentats mais elles montrent que les auteurs maniaient facilement les nouvelles techniques.

Plusieurs auteurs ont utilisé des cartes de débit prépayées. Ces cartes ont la même fonctionnalité qu’une carte de crédit mais le compte lié à la carte doit au préalable être alimenté. Pour la CTIF, ce n’est sans doute pas pour une question d’anonymat car, dans ce cas, les montants autorisés sont très limités.

La carte utilisée pour la préparation des attentats de Paris était liée à un compte dont le titulaire était identifié. Elle n’était donc pas anonyme, mais uniquement non personnalisée, dans la mesure où le nom du titulaire ne figure pas sur la carte.

"Ce type de cartes a probablement été utilisé davantage parce qu’elles sont octroyées sans examen de solvabilité du client, ce qui n’est pas le cas des cartes de crédit classiques", déduit la CTIF. De plus, les paiements par carte lors de certaines transactions - comme la location d’une voiture - attirent moins l’attention que de gros paiements en espèces.