Faits divers La mère confirme que son mari a séquestré Assia dans une cuve et l’a probablement tuée.

C’est au n°48 de la rue Lecomte à Dampremy qu’une famille tchétchène de sept enfants vivait en vase clos depuis 2012. Selon le parquet de Charleroi, le père y faisait régner la terreur et n’hésitait pas à recourir à la violence pour imposer ses règles patriarcales.

Arrivée en 2006 en Belgique, la famille s’était tout d’abord installée à Tournai. Dès 2011, Assia, la fille aînée, a multiplié les fugues, obligeant les services d’aide à la jeunesse à intervenir.

Lorsque le couple et sa marmaille a déménagé pour Dampremy, une nouvelle fugue a été signalée au parquet de Charleroi qui a tenté de localiser la mineure, âgée de 14 ans à l’époque. "Nous avons eu un contact avec l’un de ses amis qui a affirmé l’avoir vue en novembre 2012. Le père, lui, a confirmé que sa fille revenait de temps en temps au bercail, mais qu’elle repartait presque aussitôt", explique le procureur du Roi de division, Vincent Fiasse.

Ce n’est que ce mardi que l’affaire a rebondi lorsqu’une autre fille du couple s’est présentée à la police pour déposer plainte contre son papa pour attentats à la pudeur. Elle a également déclaré que sa grande soeur Assia avait été violée… puis tuée par son paternel.

L’affaire a été mise à l’instruction immédiatement et une perquisition a été menée au domicile familial de Dampremy. "Des éléments matériels sont venus confirmer la théorie d’une séquestration suivie d’un meurtre", enchaîne Vincent Fiasse.

En clair, une cuve qui a pu servir de cache a été découverte dans la cave. "Et la version de la mère confirme cette hypothèse. Elle dit avoir vu le corps de sa fille pour la dernière fois en 2012, dans un sac, en présence de son mari".

Cinq ans plus tard , les forces de l’ordre n’ont plus aucun espoir de revoir Assia vivante. Exerçant le métier de chauffeur, le père a pu se débarrasser du cadavre de sa fille à des kilomètres de Charleroi.

Pour l’heure, le Tchétchène de 51 ans nie formellement les faits. Il a néanmoins été incarcéré pour meurtre, séquestration, coups et viols, ainsi que pour attentats à la pudeur sur sa deuxième fille. La maman, qui vivait manifestement sous l’emprise de son mari et qui n’avait quasi aucun contact avec l’extérieur, a quant à elle été incarcérée pour non-assistance à personne en danger.

Les fouilles menées par la protection civile au sein de l’habitation de Dampremy n’ont rien donné. De nombreux devoirs d’enquête doivent encore être réalisés mais hormis des aveux du père, les indices pouvant mener au corps d’Assia seront difficiles à déceler.

Les voisins "choqués" par l’affaire

Le numéro 48 de la rue Pierre-Joseph Lecompte est entièrement sous scellés. Sur la rue, l’entrée est barrée des bandeaux bleus et blancs marqués "police" , et à l’arrière : une cour. Là aussi, tout est scellé. Garage, porte arrière, véranda…

Côté rue, c’est calme. La plupart des maisons de la rue sont inoccupées, à vendre, en travaux, ou simplement vides pendantla journée. Mais à quelques pas de ce que la mère de famille appelle "la maison de la terreur", il y a une supérette, Chez Ismail. "Je suis complètement abasourdi", confie le vendeur, Kamel, entre deux clients. "Je ne les connais pas personnellement, mais ce sont des gens qui venaient régulièrement au magasin. Ils avaient tous l’air normaux, je suis choqué d’entendre ce qui pourrait bien s’être passé dans cette famille. Il y a la présomption d’innocence, bien sûr, mais quelle histoire !"

Les quelques personnes qu’on peut croiser dans le quartier n’ont que la descente de police, et les arrestations qui ont suivi, au bout des lèvres.

"C’est dingue de se dire qu’une chose pareille peut arriver à deux pas de chez soi", explique le jeune Kévin (nom d’emprunt) qui habite dans la rue perpendiculaire. "J’ai un petit bout de trois mois à la maison, c’est effroyable." Pour lui, dans ce quartier pourtant d’apparence mal famé, aux rues étriquées où les nids-de-poule sont monnaie courante, il ne se passe que rarement des choses. "Bien sûr, il y a quelques bagarres, et les histoires de drogue habituelles à Charleroi… Mais rien comme ça ! Je les connaissais un peu ces gens, en plus : j’allais à la même école que les filles. Nous n’étions pas amis et je n’allais pas prendre le café là-bas, ni rien, mais tout avait l’air normal dans cette famille. C’est atroce."