Faits divers

“Je n’ai jamais été rexiste, je n’ai jamais eu la carte”

SAINT-SÉBASTIEN Van Aerschodt, qui a 17 ans quand la guerre éclate le 10 mai 1940, dit qu’il n’a jamais été rexiste “ni avant ni pendant la guerre”. S’il admet avoir été un collabo, il dit ne l’avoir pas été par fanatisme.

Soixante-cinq ans après, Van Aerschodt parle de “faux pas”, d’“erreur d’aiguillage ”, d’“erreur d’orientation” , avec des parents qui eux-mêmes “étaient désorientés” . Mais il n’a “jamais été rexiste, je n’ai jamais eu la carte, je n’ai jamais payé de cotisation et plus tard en Espagne, je n’ai pas rencontré Degrelle” .

Enfance heureuse, dit-il, rue Boël, à Houdeng-Aimeries. Dans un “milieu bourgeois, de droite c’est vrai, très catholique et anticommuniste” .

Des parents enseignants, un père instituteur et artiste peintre, une mère enseignante et infirmière. Il n’y a plus de Van Aerschodt aujourd’hui à Houdeng mais, à l’époque, “on nous connaissait” . Sa sœur, Monique, vit toujours. 86 ans.

Enfance et jeunesse plutôt favorisées. Sportives, patinage, canotage, équitation. Et le scoutisme qui, avec les Jeunesses estudiantines catholiques, a joué un rôle essentiel.

Chez les scouts, ce grand blond (“Vraiment blond comme le blé quand il est mûr ”) devient Lion.

Van Aerschodt a un autre surnom : “Le rénovateur” . Il récolte pour les missions. Et rêve d’expéditions lointaines, d’Amazonie.

Plutôt doué pour les études, il se voyait “ingénieur” . En mai 40, il termine ses humanités à La Louvière au collège Saint-Joseph. Il aime les langues, dont l’allemand.

Le scoutisme lui fait rencontrer un aumônier “complètement rexiste”, l’abbé Louis Dumoulin, qui est français mais ses opinions l’empêchent de se faire ordonner en France.

C’est l’abbé Dumoulin qui avant-guerre l’emmènera “écouter à Bouillon les beuglements de Degrelle" et, l’Occupation venue, “me pistonnera pour entrer à la Werbestelle de La Louvière” et plus tard, et bien que n’étant pas fils de volontaire dans la Légion wallonne sur le Front de l’Est, lui obtiendra de participer en Bavière à un camp des jeunesses hitlériennes.

Il en sourit aujourd’hui. “J’en suis revenu très impressionné par la discipline, les exercices corporels comme le ramper sous les fils barbelés” , mais il dit n’avoir jamais porté la chemise brune, ni la croix gammée.

La journée commençait par le salut au drapeau et se terminait par “Heil Hitler !”.

“Ce fut mon seul camp des Hitlerjugend. Il a duré quinze jours. C’était près d’Ulm. J’en suis revenu avec un Mein Kampf dédicacé par Baldur von Schirach” (chef des jeunesses hitlériennes, condamné à 20 ans à Nuremberg, mort en 1974, NdlR).



© La Dernière Heure 2011