Faits divers

L'autopsie étant aujourd'hui terminée, les funérailles de Mawda, une fillette kurde de 2 ans tuée par balle à la suite d'une course-poursuite entre une camionnette de migrants et la police, devraient avoir lieu dans le courant de la semaine prochaine à Evere.

Les avocats de la famille ont prématurément annoncé qu'elles auraient lieu le mercredi 30 mai à 14H00 au cimetière multiconfessionnel de Schaerbeek, situé au croisement de l'avenue Jules Bordet et de la rue d'Evere, mais la date n'est pas encore arrêtée, a corrigé vendredi en fin de journée l'avocate Selma Benkhelifa de Progress Lawyers Network. Mehdi Kassou, porte-parole de la Plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés, explique de son côté qu'il était question, dans les différents échanges avec les communes et les pompes funèbres, de procéder à l'inhumation mercredi.

 Cependant, les services administratifs de la Ville de Mons sont fermés jusqu'à mercredi avec les festivités du Doudou et il ne sera peut-être pas possible d'obtenir l'autorisation d'inhumer dans les temps. La date des funérailles pourrait en conséquence être quelque peu repoussée, à plus tard dans la journée ou dans les jours qui suivent.

Un cortège blanc est en train d'être organisé pour les citoyens souhaitant rendre hommage à Mawda.

Le président de la LDH accuse Francken de s'être servi d'un dossier confidentiel

Le président de la Ligue des droits de l'Homme Alexis Deswaef accuse, sur la base d'un "témoignage digne de foi", le cabinet du secrétaire d'Etat Theo Francken de s'être servi de l'Office des étrangers pour rendre public, à des fins politiques partisanes, le dossier de la famille de la petite Mawda, tuée par un policier à la suite d'une course-poursuite.

Les quotidiens de Sudpresse ont fait état jeudi du parcours de la famille, enregistrée en Allemagne, tentant à plusieurs reprises de gagner illégalement l'Angleterre, expulsée, et interceptée, à une reprise, dans un camion frigorifique.

Le président de la N-VA Bart De Wever a également retracé jeudi l'historique des déplacements de la famille, soulignant que dans cette affaire les parents étaient plus responsables que victimes. Il leur a notamment reproché d'avoir emmené leurs enfants dans un camion frigorifique.

"S'emparer et rendre public ce dossier administratif est illégal. Et cela participe d'une stratégie visant à salir les parents afin de conduire l'opinion publique à s'éloigner du coeur du dossier, celui d'un drame qui est la conséquence d'une politique menée par les cabinets Francken et Jambon", a indiqué Alexis Deswaef à l'agence BELGA.

Sollicité, le cabinet du secrétaire d'Etat renvoie aux informations de presse. "Bart De Wever lit le journal, comme n'importe quel politique il suit l'actualité", indique-t-on, précisant que le président de la N-VA s'était, lui, exprimé alors qu'il avait été interrogé en marge d'une conférence de presse sur la création d'un nouveau centre fermé à Anvers.

Vendredi, rompant avec la retenue dont avaient témoigné les membres du gouvernement fédéral dans l'attente des résultats de l'enquête sur l'affaire Mawda, le secrétaire d'Etat Theo Francken et le vice-premier ministre N-VA et ministre de l'Intérieur Jan Jambon ont, à leur arrivée au 16 rue de la Loi, corroboré l'analyse de leur président de parti sur la responsabilité des parents, eu égard à leur parcours.

Mise sur la sellette pour avoir évoqué, comme d'autres représentants de différentes formations politiques, la responsabilité politique du gouvernement dans l'affaire Mawda, la coprésidente d'Ecolo Zakia Khattabi s'est étonnée que le ministre Jambon jette en pâture les éléments du dossier qu'il s'était refuser de dévoiler à la Chambre. "Puis-je dénoncer le fait que #Dewever semble avoir des informations et accès au dossier #mawda pendant que #jambon refuse de répondre au parlement ou est-ce scandaleux ?", s'est-elle interrogée sur Twitter.

De Wever évoque la responsabilité parentale

Le président de la N-VA Bart De Wever fait l'objet de réactions outrées après avoir évoqué jeudi sur VTM la responsabilité des parents de la petite Mawda décédée il y a une semaine à l'issue d'une course-poursuite avec la police.

"Il y a toute une histoire concernant cette famille irakienne", a-t-il indiqué alors qu'une enquête est en cours pour élucider ce drame au cours duquel la fillette a pris une balle dans la tête, tirée par un policier. "Ils ont été demander l'asile en Allemagne. Ils sont entrés illégalement en Angleterre d'où ils ont été expulsés vers l'Allemagne. Apparemment, l'asile leur a été refusé fin de l'année dernière et depuis lors, ils ont déjà été interceptés à trois reprises dans notre pays alors qu'ils tentaient à nouveau de gagner illégalement l'Angleterre. Lors d'une des interceptions, ils se trouvaient même avec leurs enfants dans un camion frigorifique. Dans ce cas, aussi tragique que soit la mort d'un enfant, et un enfant est par nature innocent, il est permis de souligner la responsabilité des parents. Ne parler de ces gens qu'en termes de victimes, je trouve que ce n'est pas correct", a dit Bart De Wever.

Les réactions politiques n'ont pas manqué. "Dégoûtant", a lancé Raoul Hedebouw (PTB). "La seule chose dont on peut les accuser c'est d'avoir cherché quelque chose de meilleur pour leurs enfants, quelque chose d'autre que la guerre. Inimaginable sans doute quand on a son petit confort en Belgique. Aujourd'hui, ils ont perdu leur petite Mawda. Et ça mérite un minimum de respect et d'empathie", a indiqué la cheffe de groupe cdH à la Chambre Catherine Fonck. Pour Kristof Calvo (Ecolo-Groen), "la réaction de De Wever est la plus inhumaine jamais exprimée en politique belge". Au sein de la majorité, la présidente de l'Open Vld Gwendolyn Rutten a appelé à la retenue. "Pouvons-nous, au-delà des frontières qui séparent les partis politiques, réagir avec humanité, certainement lorsqu'il s'agit de drames humains?", a-t-elle demandé.

Charles Michel calme le jeu

"Ce sont les enquêtes du comité P qui doivent établir des responsabilités", a rappelé vendredi le Premier ministre, Charles Michel, après les déclarations de personnalités de la N-VA sur le décès de Mawda. Le chef du gouvernement s'en est tenu à ses propos en début de semaine en commission de l'Intérieur de la Chambre. "C'est un drame, une tragédie", a-t-il dit, en témoignant son de "empathie" à l'égard de la famille de la victime et en soulignant le rôle "complexe" de la police.

"Nous devons rester le plus sereins possible et respecter l'indépendance de l'enquête", a-t-il ajouté, entouré de membres de son gouvernement, dont le vice-premier ministre N-VA, Jan Jambon et le secrétaire d'Etat à l'Asile, Theo Francken.