Faits divers

"Le policier qui a tiré est défait et abattu, il n'a jamais voulu, ni imaginé cela", a déclaré mardi le procureur général de Mons Ignacio De la Serna, au sujet du décès de Mawda, la petite fille kurde tuée d'un coup de feu jeudi dernier lors d'une course poursuite entre la police et une camionnette transportant des migrants, sur la E42 vers Maisières. Ces propos ont été tenus lors d'un point presse à Mons, en présence également du procureur du roi de Mons-Tournai. Le parquet affirme qu'il n'y a eu qu'un seul tir, après "une course-poursuite dangereuse de 60 KM". Mardi matin, les deux procureurs ont reçu les avocats et la famille de Mawda afin de leur expliquer le déroulement de l'enquête et la communication du parquet qui a prêté à confusion durant le week-end. "Le magistrat de garde a appris d'un urgentiste que le décès résultait d'un sévère traumatisme crânien. C'est par l'autopsie demandée par le juge d'instruction, et réalisée en fin de journée (le jour du drame, ndlr), que nous avons appris que le décès était dû à un tir d'un policier, ce rapport d'autopsie a été déterminant", a commenté Christian Henry, procureur du roi.

C'est pour cette raison que le magistrat instructeur a confié l'enquête au Comité P, comme c'est d'usage après des tirs policiers, lequel aura pour mission de mettre en lumière les circonstances qui ont amené le policier à faire usage de son arme à feu. "Nous attendons un rapport balistique et les auditions des autres policiers dont nous n'avons pas encore eu l'accès", poursuit M. Henry.

Les procureurs ont détaillé la course-poursuite qui a eu lieu sur l'E42, la nuit du drame. Le véhicule, qui transportait une vingtaine de migrants, dont cinq enfants, roulait à vive allure et a refusé de répondre aux injonctions des policiers, effectuant plusieurs manœuvres dans le but d'envoyer la voiture de police dans le décor. Seule une voiture immatriculée en France est partie en tête-à-queue.

La voiture dans laquelle se trouvaient les migrants a fait semblant de vouloir s'arrêter à plusieurs reprises à proximité des parkings mais c'est à Maisières, près de Mons, que la course folle s'est arrêtée. Quand les policiers sont sortis de leur véhicule, les personnes qui étaient installées à l'avant du véhicule se sont mélangées aux autres occupants. Le chauffeur n'a pas pu être identifié. "C'est la loi du silence, personne ne veut dire qui conduisait ce véhicule. Quant aux policiers, ils n'ont pas pu l'identifier en raison de plusieurs facteurs, la nuit, la vitesse, le stress, le souci d'informer les renforts et de veiller à ne pas provoquer d'autres accidents sur la route", indique M.Henry.

Dans la voiture, les policiers n'ont retrouvé ni arme, ni argent. Une expertise sera réalisée sur ce véhicule dont on ignore l'origine. Il n'avait pas été signalé volé mais portait de fausses plaques d'immatriculation belges. Une vitre arrière était brisée mais il semble que ce sont les migrants qui l'ont cassée pour montrer la présence d'enfants dans la voiture.

Le policier des autoroutes de Mons qui a tiré le coup de feu mortel a été entendu. Selon le procureur fédéral, "il est défait et abattu, il n'a jamais voulu, ni imaginé cela". Il a probablement été pris en charge par un service d'aide psychologique attaché à la police fédérale. "C'est un évènement tragique que tout le monde regrette, y compris les policiers. Le tireur, dont l'intention était de stopper ce véhicule, a été entendu et le juge d'instruction réserve toute inculpation avant d'avoir tous les éléments de l'enquête en sa possession".

Enfin, le procureur général a affirmé que le démantèlement de la jungle de Calais par les autorités françaises avait eu de nombreux effets négatifs pour la Belgique. "Nous voyons régulièrement des gens qui transportent des migrants dans des conditions inhumaines, voire criminelles, au mépris de la santé d'autrui", confirme le procureur du roi. En Flandre, les parkings situés le long des autoroutes font l'objet d'une surveillance particulière, il semblerait que c'est moins le cas en Wallonie "mais il est trop tôt pour le dire", précise Ignacio De la Serna, procureur fédéral.

Les procureurs ont déclaré que le juge d'instruction et le Comité P ont toute leur confiance, pour faire la lumière sur cette affaire.

Ls autres occupants de la voiture auraient été remis à l'Office des étrangers, compte tenu de leur situation irrégulière sur le territoire.

Le policier a été identifié mais pas arrêté

Le policier qui aurait tiré le coup de feu mortel ayant entraîné le décès de la petite Mawda, lors d'une course-poursuite sur l'E42 jeudi matin, a été identifié mais pas arrêté, affirme mardi Olivier Stein, avocat de la famille de la fillette âgée de deux ans. L'avocat, qui s'exprimait alors que la famille a indiqué vouloir accéder au rapport d'autopsie, indique "regretter le rôle obscur joué par le comité P" dans le cadre de l'enquête. L'avocat n'a pas eu accès au rapport d'autopsie mardi matin, mais indique qu'une demande sera introduite en ce sens dans la journée, auprès du juge d'instruction chargé de l'enquête.

Pendant plus d'une heure, l'avocat et la famille de la petite fille ont pu cependant consulter le dossier répressif. "La version de mes clients est largement confirmée", indique Olivier Stein à propos de ce dossier. "On sait maintenant que le tir émane de la police, que c'est un tir qui a été tiré sur la camionnette alors qu'une course-poursuite était en cours. On sait aussi qu'il n'y a aucune arme qui a été retrouvée dans la camionnette dans laquelle nos clients se trouvaient", a-t-il ajouté. Selon l'avocat, le véhicule de police qui tentait d'intercepter la camionnette qui transportait des migrants se trouvait à hauteur de la camionnette au moment du tir, et non derrière ou devant.

L'avocat se dit agacé par ce qu'il qualifie de "rôle obscur" du comité P dans cette affaire. Selon sa version de la succession d'évènements, "quelques minutes après les faits, un policier a pris l'initiative d'informer le comité P pour intervention. Le comité P a mis fin à son intervention avant d'être ressaisi par le juge d'instruction".

La famille va se constituer partie civile dans cette affaire.


Le service d'enquêtes du Comité P n'agit que "sous contrôle des autorités judiciaires"

Le service d'enquêtes P, département du Comité P en charge des enquêtes pénales, agit sous le contrôle des autorités judiciaires, rappelle mardi le Comité permanent de contrôle des services de police. Ce dernier réagit ainsi aux remarques de l'avocat de la petite Mawda, Me Olivier Stein, qui fustige l'absence d'intervention du Comité P alors que celui-ci avait été informé des faits par un policier quelques minutes après ceux-ci.

Le Comité a réagi quelques heures plus tard auprès de l'agence Belga. Il mène trois sortes d'enquêtes: de contrôle, relatives à des plaintes et pénales, rappelle-t-il.

Les deux premières sont menées sous l'autorité du Comité permanent P, les enquêtes pénales étant elles menées par le service d'enquêtes P, sous le contrôle des autorités judiciaires.

Le dossier Mawda relève de cette dernière catégorie et l'enquête se déroule donc sous l'autorité du juge d'instruction. Le service d'enquêtes P n'informe d'ailleurs pas le Comité permanent P en la matière, précise-t-on.

L'appel d'un policier pour informer le Comité P des faits n'aurait donc pas été un élément suffisant pour qu'une enquête pénale du service d'enquêtes soit ouverte, ressort-il du communiqué du Comité.