Faits divers

Pour le gérant de Sobelco, périmé ne veut pas dire inconsommable

CHARLEROI L’affaire avait fait grand bruit, en 2005, lorsque des tonnes de denrées périmées avaient été découvertes lors de perquisitions menées au sein de la société Sobelco de Jumet. À l’aide d’une machine sophistiquée, une grande partie de celles-ci était réétiquetée et revendue en Belgique et à l’étranger avec une nouvelle limite de péremption.

Le gérant, Fernandino Leone, avait été placé sous mandat d’arrêt pour faux, escroquerie et tromperie sur la marchandise. Il comparaissait ce mercredi devant le tribunal correctionnel de Charleroi. “Ce jour-là, on a mis la main sur deux palettes de bonbons périmés depuis deux ans, qui collaient comme de la glu”, a expliqué le substitut Marlière. “Il y avait également des Bacardi breezers, vierges de tout renseignement. Mais sur la machine, on a trouvé une bouteille avec une date postérieure à la perquisition.”

Les témoignages des ouvriers de Sobelco, qui qualifient leur patron de tyran, ne sont guère plus ragoûtants. L’un d’eux, qui confirme l’utilisation quasi systématique de la machine, parle carrément de pâtes infestées de mouchettes.

De quoi irriter le volubile Fernandino Leone, venu avec de grands œufs de Pâques en chocolat pour illustrer sa bonne foi. “Il faut différencier date limite de consommation et date de péremption . Certains producteurs d’œufs en chocolat, par exemple, indiquent une date proche de la fête de Pâques pour éviter que les grossistes ne reconditionnent leurs produits et les revendent. Moi, j’en ai eu marre de jeter des marchandises parfaitement consommables, alors que mes concurrents les vendaient.”

Ferdinando Leone affirme n’avoir agi de la sorte que pour 0,05 % de ses stocks. Mais selon le parquet, le procédé s’est accéléré suite à l’acquisition de la machine.

Sauces, condiments, pâtes, biscuits ou jus de fruits arrivés à date de péremption ressortaient rajeunis de chez Sobelco. “L’économique ne doit pas primer sur la santé publique. Si la loi interdit tout étiquetage autre que celui du producteur, c’est pour permettre un contrôle des marchandises”, a conclu le substitut qui réclame la confiscation de 30.000 euros, mais une peine modeste, vu l’écoulement du temps. Car le dossier, vieux de 5 ans, flirte lui aussi avec la date limite.



© La Dernière Heure 2010