Faits divers Ils étaient transportés vers différents gros chantiers de la capitale pour y travailler en noir

SAINT-JOSSE Une vaste opération s'est déroulée vendredi dans le milieu de la construction. Dans un premier temps, les enquêteurs ont pensé à un vaste trafic d'illégaux engagés sur des chantiers de la capitale. Au terme de l'opération, aucun illégal n'a été trouvé. Par contre, les policiers ont eu une drôle de surprise en constatant que toutes les personnes interceptées étaient des Turcs au chômage. Tout démarre sur des rumeurs. Un va-et-vient matinal dans un établissement place Armand Steurs à St-Josse Kose, du nom du propriétaire avait attiré la curiosité. Tôt, chaque matin, à 5 h 55 précises, le patron ouvrait son café. Cinq minutes plus tard, un homme y entrait, suivi rapidement par d'autres. Bref, en quelques instants, le café était rempli par environ 70 personnes. Oui, mais qui était derrière tout ça?

Deuxième intrigue. Les allées et venues de voitures et de camionnettes venant d'embarquer ces fameuses personnes se trouvant dans le quartier. Aucun doute, il se passait quelque chose de louche!

Vendredi, la police de St-Josse, assistée de Schaerbeek, de l'ONSS et de l'inspection sociale, s'est rendue dans l'établissement bondé. Pas moins de 48 personnes ont été interpellées. Elles avaient toutes deux points communs: elles étaient d'origine turque et au chômage.

Par ouï-dire, ces chômeurs s'étaient rendus dans ce café, sachant qu'un emploi les y attendait. Effectivement, tous les matins, un chef de chantier était présent et recrutait des candidats pour se rendre dans différents gros chantiers de la capitale. Une fois les tâches de chacun définies, les ouvriers embarquaient à bord des voitures stationnées devant le café et partaient au travail.

Selon leur choix, ils pouvaient se rendre vers le boulevard Emile Jacqmain, dans le centre, sur le chantier des anciennes AG. Ou encore vers la rue du Commerce, sur un chantier Sibelgaz, ou vers la rue de la Montagne ou la rue Royale Bref, le travail ne manquait pas.

A noter que tout ce petit trafic se faisait à l'insu des entrepreneurs. Quatre sociétés sous-traitantes ont été ciblées. Toutes font partie de la famille Kose. Les patrons étaient des cousins, des neveux ou des oncles de Kose, le patron du café de St-Josse. Cet établissement avait ouvert il y a environ 5 semaines. Depuis, le va-et-vient ne s'était jamais interrompu. Il est d'ailleurs fort probable que ce manège se soit déroulé dans une autre commune avant.

Trois des quatre sociétés étaient établies à Schaerbeek. L'une d'entre elle s Euro M SPRL employait 100 personnes, deux étant déclarées! Un faisait partie de la famille, le second était un ami proche. Aucune des quatre ne savait ce qu'est un livre du personnel.

Les ouvriers étaient donc invités à se rendre dans le café précité. Là, ils recevaient un vague bout de papier censé les rassurer en cas de contrôle. Vendredi, les ouvriers se sont rendu compte que ce chiffon ne valait rien. L'affaire n'aura pas de suite judiciaire, mais l'auditorat du travail prendra les sanctions appropriées.