Faits divers

Comment le châtelain de Forchies pouvait-il s’offrir Bentley et Ferrari avec 650 euros par mois ?

CHARLEROI En novembre 2003, 250 policiers équipés d’un hélicoptère et d’un sonar perquisitionnaient le château de Forchies-la-Marche. La juge Baeckeland s’intéressait en effet au train de vie suspect des châtelains, les frères Di Luciano. Lors de cette descente, les forces de l’ordre ont découvert un stock d’armes et des explosifs, ce qui a déjà fait l’objet d’un procès en correctionnelle. Ce mercredi, s’ouvrait donc le volet blanchiment de ce dossier de 52 cartons, plus lourd que celui de La Carolorégienne.

Trente-deux prévenus étaient convoqués. Plusieurs personnes dont les biens ont été saisis sans qu’elles ne doivent répondre de préventions devaient encore être contactées. Problème : certaines d’entre elles sont domiciliées à Dubaï, en Martinique ou… sur un yacht. Pour le parquet carolo , Sebastiano Di Luciano et le dentiste Philippe Melchior (qui habite Sheffield) sont les dirigeants d’une organisation criminelle spécialisée dans le blanchiment d’argent. Ce qui expliquerait la vie de nabab que Di Luciano menait dans son château de Forchies, où les rénovations ont atteint les 464.000 euros, alors qu’il ne déclarait que 650 euros de revenus par mois au fisc. Sans parler des Bentley, Ferrari 348, BMW 745 et Porsche 911, ou de l’acquisition et de la rénovation du château de Hourpes pour environ 530.000 euros.

L’enquête a permis de démontrer que Di Luciano prêtait de grosses sommes d’argent à des personnes impliquées dans des carrousels TVA. Les taux d’intérêt très élevés qu’il réclamait obligeaient ses débiteurs à persister dans la fraude. Un expert a ainsi évalué les capitaux à 2,1 millions d’euros et les intérêts à 2,7 millions.

Selon le Parquet, Di Luciano aurait aussi reçu 2 millions d’euros d’un généreux ami autrichien. Un million serait arrivé entre les mains d’un entrepreneur bruxellois qui, manifestement, avait besoin d’argent pour payer ses ouvriers au noir. Pour couvrir les remboursements du prêt, de fausses factures venant de plusieurs sociétés auraient été insérées dans la comptabilité d’Ideal Constructions, une société de Di Luciano. Interrogé, celui-ci a nié formellement tout blanchiment.

Selon le prévenu, de nombreux biens tels que les deux châteaux appartiennent à son fils. Les 12 prochaines audiences et les aveux d’autres prévenus permettront sans doute d’y voir plus clair.



© La Dernière Heure 2010