Faits divers Ils auraient voulu commettre un braquage au bénéfice d’une filière d’envoi vers la Syrie.

Dans les milieux islamistes belges et même européens, Moussa Zemmouri jouit d’une aura extraordinaire. On dit de cet homme de 38 ans que c’est un Hafiz, un érudit qui connaît le Coran par cœur et qui, à des occasions bien précises, le récite devant un public. Le fait qu’il ait été incarcéré entre fin 2001 et avril 2005 à la prison de Guantanamo contribue à renforcer son prestige.

Avec quatre autres hommes, dont Soufian Abar Huwari, un Algérien retenu pendant six ans à Guantanamo, Moussa Zemmouri est jugé pour la première fois dans un dossier de terrorisme en Belgique. Le procès débute lundi devant le tribunal correctionnel de Bruxelles.

L’affaire remonte à l’année dernière. Vu leur proximité et leurs profils, Moussa Zemmouri et Soufian Abar Huwari, installés à Laeken, sont l’objet de surveillances. Il apparaît qu’ils préparent un coup. Leur projet serait un home-jacking à Hoboken. Leur cible serait un dealer de drogue.

Les Unités spéciales de la police fédérale se positionnent. Le 21 juillet, en pleine nuit, elles interceptent quatre hommes dans une voiture qui se préparaient à pénétrer dans une maison. Soufian Abar Huwari était armé d’un pistolet muni d’un silencieux. L’enquête a montré que, renseignés par Moussa Zemmouri, ils s’attendaient à pouvoir dérober, sous la menace, 70.000 euros. Cet argent devait servir à la cause syrienne, soit pour envoyer de l’argent à des djihadistes belges sur place, soit pour permettre des départs.

Moussa Zemmouri, qui avait été arrêté fin 2001 au Pakistan après la déroute des Talibans et d’Al Qaïda en Afghanistan qu’il avait gagné en octobre 2000, n’a semble-t-il jamais renié son credo radical. Depuis son retour en Belgique, il était très surveillé, d’autant qu’il était devenu un prédicateur se déplaçant dans toute l’Europe. Il intervenait notamment très régulièrement pour l’association britannique Cage Prisoners qui milite pour la libération des islamistes les plus radicaux à travers le monde. Au fil des ans, il était devenu la caution religieuse des anciens du Groupe islamiste combattant marocain (GICM, auteur des attentats de Madrid de 2004).

Certains de ces anciens, originaires de Maaseik (dont le procès aura lieu en septembre), sont repartis en Syrie où ils ont rejoint des groupes djihadistes. Moussa Zemmouri, qui était leur référence théologique, les auraient orientés vers les groupes à rejoindre sur place.

Zemmouri se montrait cependant très prudent. Les services antiterroristes ont redoublé de vigilance lorsqu’ils ont appris qu’il s’était rapproché de Soufian Abar Huwari, arrivé récemment en Belgique.

Réputé très dur, cet homme avait gagné en 2001 la Géorgie où il avait rejoint un compatriote, agent d’Al Qaïda. Il aurait vécu pendant un an avec un groupe de combattants tchétchènes et leurs familles. Capturé en Géorgie en avril 2002, il avait été remis aux autorités américaines qui l’avaient incarcéré à Guantanamo.