Faits divers Entré à la Défense avant son 15e anniversaire, Didier regrette son choix. Et passe à l’attaque devant le tribunal du travail de Liège pour… Un euro provisionnel.

Lorsque nous les rencontrons, Didier et son épouse déposent sur la table un dossier épais d’une centaine de pages. Dedans, les mots "harcèlement", "atteinte à la liberté d’action syndicale", "menaces", "refus de congé", "abus de pouvoir", "simulation de faute professionnelle", "mutation non réglementaire" s’enchaînent.

Didier est entré à la Défense avant son 15e anniversaire. Il suit une formation au génie et devient contremaître. Pendant de nombreuses années, il est à la tête d’un atelier en charge de la préparation des stands de tirs et des travaux d’entretiens au camp militaire d’Elsenborn. Un métier qu’il adore. Mais qu’il regrette pourtant d’avoir choisi. "La Défense ne m’a rien fait. C’est juste une poignée de personnes qui ont rendu ma vie infernale : c’est pour ça que j’ai voulu aller au pénal".

Quand les ennuis commencent, en 2011, il entame une procédure en interne pour régler le conflit qui l’oppose à sa hiérarchie. Mais face à l’immobilisme de son cas, il décide de "sortir du système de médiation" proposé par l’armée. Depuis, il s’est engagé à la ACMP-CGPM - un syndicat apolitique - puis a perdu son statut de délégué, injecté 20.000 € dans des procédures judiciaires, plaidé devant le tribunal du travail d’Eupen, gagné puis perdu, été muté à Liège, retransféré vers Elsenborn, mais pas au même poste, commencé à construire une maison qu’il n’arrive pas à terminer. Entre les coups, il affirme avoir toujours vérifié le règlement ou les textes de loi pour prendre la température. "À la Défense, tout est régi par des règles, qui se basent sur des lois. Le problème, c’est que beaucoup de gradés ne les connaissent pas ou les appliquent mal parce qu’ils les connaissent mal. Et quand tu leur fais remarquer, tu le paies cher. Quand tu t’opposes à la hiérarchie, tu es vite muté", dit -il, en jetant un coup d’œil à son épouse, elle aussi militaire de carrière.

Toutes les formes de harcèlement dont il se dit victime sont difficilement résumables en quelques lignes. Pourquoi nous parler alors ? "Parce que j’espère que ce qui nous arrive n’arrivera jamais aux autres", déclare son épouse, véritable force tranquille. "Parce qu’on ne peut pas me traiter de déloyal, simplement pour avoir entamé des procédures en justice, alors que j’ai consacré toute ma vie à l’armée. Parce que la parole des généraux n’est pas celle de l’évangile et que certains profitent de leur grade pour bousiller la vie des autres. Et le fait que cela se fasse en toute impunité…", ajoute Didier, laissant sa phrase en suspens. Comme d’autres militaires qui dénoncent des faits de harcèlement avant lui, ce contremaître pointe du doigt l’absence d’instance indépendante pour traiter les plaintes au sein de la Défense.

Son regard se braque et sa détermination reprend le dessus. "Si on perd cette fois-ci, j’irai en Cassation. J’irai devant la Cour européenne des droits de l’homme s’il le faut." Mais pour l’instant, il se concentre sur son passage très prochain devant le tribunal du travail de Liège, ce 18 mai. Ses demandes ? "L’euro provisionnel". Et que le harcèlement soit reconnu. La Défense, contactée par nos soins, a refusé de commenter cette affaire, tant qu’elle sera en cours devant la justice.