Dix élèves du collège au commissariat

Gilbert Dupont Publié le - Mis à jour le

Faits divers

Prise de photos judiciaires, empreintes et auditions en présence d’avocats

RHODE-SAINT-GENÈSE La police convoque aujour- d’hui et demain dix élèves d’un établissement de Rhode-Saint-Genèse (Brabant flamand). Et ce ne sera pas une partie de plaisir. Au programme : prise d’empreintes, prise de photos et auditions en présence d’un avocat. La question : d’où vient la drogue qui circulait au Onze-Lieve-Vrouw, établissement d’excellente réputation, très fréquenté par des francophones de la périphérie bruxelloise et du proche Brabant wallon (Waterloo, Braine-l’Alleud) ?

Tous en classes terminales, les élèves convoqués sont les dix qui, sur les 160, ont été trouvés le 20 avril en possession de cannabis à l’école. “Sur les dix, confie le commissaire Ronny Speltens, nous n’en avons trouvé aucun pour qui le fait d’aller au collège avec de la drogue sur soi posait problème. […] Pour eux, ça semblait tout à fait naturel. J’ajouterais qu’en audition, certains se sont même montrés très arrogants.”

Une balance de grande précision astucieusement cachée dans le local chaufferie : pour la police, c’est la preuve que le trafic se développait dans ou au départ de l’établissement.

L’opération souhaitée par la direction était baptisée OLV. Dans la mesure où des policiers pouvaient être parents d’élèves, le secret du jour et de l’heure avait été conservé en interne à la police. La direction n’en fut elle-même prévenue qu’une heure plus tôt. La police refuse d’indiquer sur quels critères une trentaine d’élèves avait été repérée préalablement.

La première phase a consisté à les rassembler dans la salle de gym, chacun dans un coin pour empêcher qu’ils communiquent : sur les trente, sept étaient en possession de cannabis qui fut trouvé dans les cartables et les sacs à dos, et pour quatre d’entre eux de plus de 18 ans, dans leurs voitures sur le parking. Rien par contre dans les casiers.

Seconde phase : 17 policiers allaient visiter au total onze classes des 5e et 6e avec deux chiens- drogue : encore trois élèves, dont une jeune fille. “La seule, poursuit le commissaire Ronald Speltens, chez qui nous avons observé une prise de conscience.”

La police était déjà intervenue il y a quelques mois à la demande de la direction, alors que six classes partaient en excursion à Cologne. L’établissement voulait éviter des deals dans les cars scolaires. Et que de petits Belges soient interpellés par la Polizei.

Les élèves pris en possession avaient pu descendre du car. Ils n’ont pas vu Cologne.

Ronald Speltens est peu optimiste sur le suivi judiciaire : “Au parquet de Bruxelles, soyons clairs : ils ne risquent pas grand-chose. Il n’y aura sans doute aucune mesure. En revanche, la direction de l’établissement est très claire. Avec elle, ça ne restera pas sans suite.”

Deux journées d’audition attendent les étudiants. Les policiers en attendent beaucoup : ils ont face à eux des jeunes de 16, 17 et 18 ans. “Parviendrons-nous à les faire parler, à leur faire cracher d’où provient la drogue ?”

Le commissaire tient pour significatif que des dix élèves pris en flagrant délit, aucun n’a pleuré. “Pas une larme.”

Ronald Speltens dit avoir aussi enregistré “95 % de réactions positives ” des parents, ce qui laisse la place à “5 % de protestations” .



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