Faits divers L’évadé explique pourquoi il a fui la prison de Jamioulx dont il dénonce l’état déplorable.

Un courrier au roi Philippe et une copie au ministère de la Justice. La démarche de John Desterq est pour le moins audacieuse. Et pour cause : le jeune homme est en cavale depuis plus de trois mois !

Le 8 mai dernier, alors qu’il avait réussi à obtenir une visite médicale à l’hôpital Notre-Dame de Charleroi, le détenu a poussé la comédie encore plus loin, simulant un malaise à la sortie du site hospitalier, juste avant de devoir grimper à bord du véhicule censé le ramener à la prison de Jamioulx. C’est ainsi qu’il est parvenu à s’échapper après avoir bousculé les deux agents qui l’accompagnaient lors de ce transfert.

Depuis lors, la police n’a plus jamais eu de nouvelles de l’évadé. Le Roi, oui. Le ministère de la Justice aussi, d’ailleurs.

Début juillet, John Destercq envoie son courrier au Palais et en transmet une copie au SPF Justice. L’évadé vide son cœur. "Il avait besoin de dénoncer la situation qu’il a vécue à la prison de Jamioulx. État que vivent aussi tous les autres détenus. Il a tenu à expliquer les raisons de son évasion. S’il est parti, ce n’est pas pour aller commettre des méfaits ou des con… Non, pas du tout. Il ne supportait plus ses conditions de détention !", s’exclame Cindy, sa compagne.

Des conditions détaillées dans la lettre de l’évadé. Rats, souris et cafards étaient ses compagnons de cellule. "Pour éviter que les cafards ne viennent l’embêter, il devait mettre du papier toilette dans ses narines et ses oreilles. Toutes les nuits. Les conditions d’hygiène sont détestables à Jamioulx. John a perdu 35 kilos en prison !", ajoute Cindy, dénonçant également l’inaction de l’assistante sociale de la prison de Jamioulx. "John était admissible pour des sorties depuis un an, mais chaque fois elle lui demandait d’y renoncer, prétextant que ce n’était pas le bon moment. Il aurait pu aussi réaliser sa peine de travail s’il avait été libéré", affirme la jeune femme.

Contacté par nos soins, l’avocat de l’évadé, maître Fabian Lauvaux, dénonce "les conditions de détention parfois proches de l’inhumanité et l’absence totale de moyens pour l’accompagnement et la réinsertion des détenus".

Le pénaliste se dit inquiet de constater que le taux relativement élevé de suicide en prison préoccupe très peu de monde.

De ses courriers, l’évadé John Desterq espère encore obtenir une réponse. À ce stade, il peut se contenter d’un accusé de réception du SPF Justice. Rien encore du côté du Palais royal.

Pendant ce temps, John Desterq poursuit sa cavale.