Faits divers Huit jours que l'ancien ministre d'Habyarimana recherché par Arusha s'est volatilisé à Bruxelles...

BRUXELLES Vendredi, La DH/ Les Sports signalait la disparition depuis lundi, à Anderlecht, de l'ancien ministre rwandais du Commerce et de la Consommation, Juvénal Uwilingiyimana. Le lundi, Juvénal, 54 ans, s'est levé à une heure inhabituelle, il s'est habillé et a enfilé un manteau pour se rendre chez son médecin. Il était 5 h du matin et le cabinet médical, à dix minutes à pied de là, n'ouvre pas avant 8 h 30. Plus personne n'a eu, depuis lors, de nouvelles de cet homme. Une drôle d'histoire qui plonge la Belgique dans l'embarras.

En avril 1994 (début du génocide rwandais qui fera 800.000 victimes), Uwilingiyimana n'est déjà plus ministre d'Habyarimana mais dirige depuis quatre ans l'Office rwandais du tourisme et des parcs nationaux, l'ORTPN (connu du monde entier depuis Gorilles dans la brume). Sur le plan politique, Juvénal a appartenu comme membre, et pas secrétaire, au Comité préfectoral MRND de Gisenyi. L'ancien ministre et sa famille débarquent en Belgique comme réfugiés Onu. Uwilingiyimana collabore depuis l'an passé à la Fédération Espoir en Afrique, une asbl anderlechtoise d'aide à l'intégration et d'éducation permanente à la tolérance. Le passé le rattrape sans crier gare il y a trois mois. Depuis trois mois, Juvénal était plus qu'un témoin à Arusha où le Tribunal pénal international juge, comme à Nuremberg les nazis, les responsables du génocide rwandais. Une équipe spéciale d'Arusha était en Belgique - et s'y trouve encore - pour l'interroger. Depuis huit jours, cette équipe d'enquêteurs internationaux a perdu un témoin essentiel.

La Belgique égare un témoin clé!

Tout commence il y a trois mois avec la reddition à Arusha de Michel Bagarazara, à l'époque directeur de l'Office du thé et grand ami de Juvénal. Les déclarations de Bagarazara lui donnent droit au statut de témoin protégé, à la protection de l'Onu et à mille avantages en nature. Ce qu'il dit est-il pour autant exact? Ça reste à prouver. Mais, entre-temps, nous dirons que Bagarazara sauve sa peau. Et Bagarazara se met à accuser Juvénal. Cela permet au Tribunal pénal de boucler l'acte d'accusation pour complicité de génocide qu'il préparait contre l'ex-patron des grands parcs rwandais.

Il comprend très vite que le jeu consiste à lui faire signer, sous la pression, des déclarations toutes faites qui ne correspondent pas à sa vérité. Ça va plus loin puisqu'on cherche visiblement à le forcer à accuser, comme pour Michel Bagarazara. Les enquêteurs de l'Onu utilisent les méthodes de toutes les polices du monde: amener les anciens dirigeants à s'accuser entre eux.

Vendredi passé, il y a donc dix jours, après un énième interrogatoire, Juvénal claque la porte. Il refuse de revoir les enquêteurs internationaux à Bruxelles au risque de se faire arrêter mais qu'au moins cela se fasse dans les règles et selon les procédures. Comprenons qu'il s'agit d'une enquête qui ne porte pas sur un vol de chocolat mais l'organisation de massacres, la planification d'un génocide.

On le relance pourtant le week-end. Encore le dimanche, un coup de fil veut le persuader de revenir sur sa décision. À Bruxelles, Juvénal Uwilingiyimana refuse. C'est le lendemain qu'il disparaît. Et depuis lors: plus rien!

Juvénal mesure 1 m 70, porte des lunettes, un pantalon gris en tissu épais, une chemise verte, un pull tricot à lignes horizontales rouge et gris et un manteau vert-noir sombre. Son GSM ne répond plus depuis le premier jour. Huit jours aujourd'hui (0800/91.119).

© La Dernière Heure 2005