Faits divers 25 ans de prison requis contre Mahacine B., jugée pour deux assassinats et 27 tentatives sur ses propres enfants.

Hier, au procès de Mahacine B., cette mère en aveux d’avoir causé la mort de deux de ses enfants et d’avoir tenté d’en tuer un troisième, on a joué au grand écart. D’un côté, le ministère public et l’avocat général Stéphane Lempereur, qui réclame une peine de 25 ans de prison, pour des crimes pouvant être punis de 28 ans au maximum. De l’autre, Me Nathalie Gallant, l’avocate de Mahacine B., réclame, au terme de trois heures de plaidoirie, une peine assortie d’un sursis probatoire.

Comment condamner de tels faits ? La tâche des juges est titanesque. Deux solutions s’offrent à eux. Punir les faits pour ce qu’ils sont : odieux. Entre 2007 et 2011, Mahacine B., aujourd’hui âgée de 36 ans, est accusée d’avoir assassiné Romaïssae, (10 mois) et Waed (28 mois) en les étouffant à l’aide d’une couverture. Le ministère public pense qu’elle a, en tout, tenté à 27 reprises de tuer ses quatre enfants.

Les médecins ont diagnostiqué un syndrome de Munchhausen par procuration, forme de maltraitance, souvent des sévices infligés à un enfant, par lequel un adulte tente d’attirer l’attention.

L’avocat général pointe les "mensonges" d’une femme qui "a étouffé ses enfants avec volonté, force, constance. Tout était calculé, prémédité, préparé". Stéphane Lempereur insiste sur le "machiavélisme, la froideur" et le "scénario inventé" par Mahacine B. "pour justifier ses actes". 25 ans de prison requis, donc, pour une femme qui n’avait jamais eu affaire avec la justice, et n’a pas passé une seule journée en prison depuis les faits.

Quel est le sens d’une telle peine pour une femme qui, vraisemblablement, ne récidivera plus jamais ? "La fonction du juge est de juger, trouver une juste mesure entre la société, les enfants, madame", plaide Me Gallant, qui a décrit l’enfer de la vie familiale de Mahacine B.. Son ex-époux, arrivé en Belgique pour se marier avec elle, passait sa vie dans les cafés ou à la battre (une seule plainte déposée, toutefois). Cet homme, qui a pourtant perdu deux de ses enfants, est le grand absent du procès. Selon un expert, le couple fonctionnait sur le mode de "l’hypocrisie, du mensonge, du non-dit, de la violence".

Reste le syndrome de Munchhausen par procuration dont l’impact sur la décision finale sera lourd. "La plupart des mères atteintes du syndrome disent qu’au moment où elles posent les gestes, elles ne sont pas conscientes", indique Me Gallant, qui entend démontrer l’absence d’intention homicide. Elle conclut ainsi : "Le but était-il de tuer ? Non." Et, pour ne pas entamer ses chances de réinsertion dans la vie et la thérapie qu’elle mène, l’avocate demande une peine de prison avec sursis probatoire.

Le procès s’achève. Mahacine B., qui a lâché quelques larmes au moment où son avocate parlait de la nouvelle vie de son fils Mohamed, prend la parole. "Je suis désolée pour tout ce que j’ai fait", murmure-t-elle, comme absente. Puis, baissant la tête, elle quitte la salle d’audience. Le 20 novembre, elle saura si elle doit passer une grande partie de ce qui reste de sa vie sous les verrous.