Faits divers La prière du vendredi, à la Grande Mosquée, a été l’occasion de rendre hommage aux victimes des attentats de mardi.

"Ce ne sont pas des croyants", s’exclamait un taximan, jeudi, "ils buvaient, fumaient" et ne partageaient aucun enseignement du Coran, insistait-il.

Le message n’était pas très différent, hier, à la Grande Mosquée de Bruxelles, dans le parc du Cinquantenaire, qui est également le siège du Centre islamique et culturel de Belgique. Plus formel, mais en substance le même.

L’entrée du bâtiment avait été ornée, pour l’occasion, de drapeaux belges et européen. Plusieurs membres du service de sécurité étaient prêts à accueillir les fidèles, auxquels il était demandé d’ouvrir sacs et vestes, comme dans les gares deux jours auparavant. "Personne n’est en sécurité…", observait un gardien, souriant mais sérieux.

Les fidèles ont rejoint, nombreux, la salle de prière de la mosquée. Certains ont d’ailleurs été surpris par l’armada de caméras de télévision installées au fond de la salle. Sous leurs objectifs, la prière a commencé.

Le sermon, prononcé en arabe d’abord puis répété en français, ne traitait que de l’actualité. "Nous sommes d’abord frères d’une même humanité", "le terrorisme n’a ni patrie, ni religion, ni couleur", a asséné le prêcheur, craignant l’amalgame. "L’islam, c’est la sécurité, c’est la paix."

Ciblant les terroristes eux-mêmes, un appel a été lancé pour "mettre en place un programme pour tirer ces jeunes du gouffre" dans lequel ils sont tombés "inconsciemment, en ayant mal compris" le message de la religion.

Et d’appeler à une unité dans cet effort, indispensable pour parvenir à l’objectif. "Face à cette épreuve, faisons un seul bloc !" Dimanche, notamment, lors du rassemblement contre la peur prévu au cœur de la capitale. Où en faisant un don aux familles des victimes.

Les fidèles ont ensuite été invités à se réunir dans le parc, pour observer une minute de silence en hommage aux victimes de la "barbarie". Nombreux sont ceux qui ont rejoint ce rassemblement silencieux.

En tenue traditionnelle ou en uniforme de travail, en français, en anglais ou en arabe, ils ont salué et applaudi cet hommage, avant de retourner à leur quotidien. Un départ inquiet, aussi, de la pression médiatique pesant sur la communauté : "On est un peu pris en otage", confie l’un d’eux.


"Nous avons demandé de prier pour toutes les victimes"

Ce vendredi, trois jours après les attentats, l’Exécutif avait établi une politique qui aura été appliquée avec succès dans les mosquées du pays. Ce jour de prière pour les musulmans, l’Exécutif l’avait rebaptisé Journée nationale contre le terrorisme. Mais même là, à tort ou à raison, les critiques furent au rendez-vous. Le quotidien La Capitaleregrettait que l’Exécutif n’ait pu imposer un texte commun à toutes les mosquées condamnant le terrorisme.

Le journal critiquait aussi l’absence d’une prière issue du Coran, qui n’aurait pas pu être dite car certaines victimes n’étaient pas musulmanes. "Notre objectif n’était pas d’arriver auprès de tous les imams et de leur imposer un texte pré-écrit", se défend Salah Echallaoui. "Nous leur avons demandé de faire passer un message, celui de la condamnation sans équivoque du terrorisme, quel qu’il soit. Nous avons demandé aussi de prier pour les victimes, toutes les victimes. Il me revient que de très nombreuses mosquées, reconnues ou non, ont suivi notre message."

Élu depuis une semaine à la tête de l’Exécutif des Musulmans de Belgique, reconnaît encore Salah Echallaoui, il n’aurait pas souhaité semer la "zizanie" en imposant d’emblée un texte commun. Inflexible, le président est aussi un homme prudent.