Hal- “Comment j’ai appris la mort de mon fils”

Nawal Bensalem Publié le - Mis à jour le

Faits divers

Témoignage bouleversant du papa de Steve Mazure qui a voulu raconter son drame dans la DH pour plusieurs raisons…

Isabelle: “Steve m’avait parlé du fameux système de frein ”

Claude Mazure: “J’en veux à la SNCB, pas au chauffeur”

BRAINE-LE-COMTE “J’ai envie de parler de cette douloureuse épreuve pour me permettre de me soulager mentalement, pour informer le public et pour provoquer des réactions, je l’espère”, nous précise d’emblée Claude Mazure qui a choisi la DH pour exprimer ce qu’un père qui vient de perdre son fils aussi tragiquement peut ressentir.

Steve Mazure est l’une des 19 victimes de la catastrophe de Buizingen. Steve était fils unique. Il avait 36 ans, une épouse, Isabelle (qui nous accorde également un entretien ci-dessous) et deux adorables enfants, Salomé, 10 ans, et Stanislas, 7 ans.

Ce mercredi matin, la petite famille nous reçoit à Braine-le-Comte. “Cette maison, c’est mon fils qui l’a choisie. Il voulait qu’on habite près de chez lui. Comme à chaque fois pendant les vacances, on se faisait une joie de garder ses deux enfants”, précise Claude.

“Isabelle, notre belle-fille, prend toujours le train plus tôt que Steve. Steve est venu déposer les enfants à 7 h 55. La veille, on avait passé la journée ensemble. On fêtait mon anniversaire. On était allés au restaurant. Steve avait impressionné le serveur parce qu’il a commandé deux plats consistants d’affilée. Il adorait tant manger. Lundi matin donc, il m’a vite salué. Il était toujours pressé le matin. Il ratait régulièrement son train, d’ailleurs.”

Mais ce lundi-là, le train arrive avec dix minutes de retard à la gare de Braine-le-Comte. Steve parviendra à grimper à bord. “Comme il travaillait pour Infrabel, il avait le privilège de voyager en première classe”, précise Claude Mazure qui revient sur ces étapes douloureuses qu’il a traversées avant d’apprendre officiellement, 30 heures après la catastrophe, la mort de son fils unique.

“J’ai pris connaissance de la catastrophe via votre site internet à 9 h 30. Je savais que mon fils était dans ce train. Mon premier réflexe est de composer son numéro de GSM. Aucune réponse. L’angoisse monte. Comme il oublie souvent son portable, je me rends chez lui pour vérifier. Rien. Je décide de me rendre à la gare de Hal. Je suis face à une pagaille indescriptible. J’interroge des policiers. Ils ne savent guère me répondre. J’entends que les blessés légers sont regroupés au centre de crise de Buizingen et les plus graves à Hal. Je garde espoir, je choisis le centre de Buizingen. Je parviens à me faufiler parmi tous ces blessés, mais je ne retrouve pas mon fils.”

Claude Mazure se rend alors à Hal où il rencontre sa belle-fille, Isabelle, qui n’osait pas le prévenir pour ne pas l’inquiéter inutilement.

Après un va-et-vient vers le centre de Buizingen, Claude est de retour à Hal à 12 h. “Aucune info ne nous parvient. On compose et on recompose les numéros d’urgence toutes les heures mais nul ne répond. L’arrivée du Roi et des ministres à Hal accentue mon angoisse. Ils ne se déplacent que lorsque c’est grave. Beaucoup d’amis de Steve sont là pour nous soutenir mais rien, on ne sait rien. L’attente perdure, l’angoisse augmente. Je me demande comment dire les choses à mon épouse, restée à la maison avec les enfants de Steve.”

Il est 20 h ce lundi 15 février : au centre de crise de Hal, les familles inquiètes sont invitées à se rendre à l’hôpital militaire de Neder-over-Heembeek. “Dès cet instant, je comprends qu’il n’y a plus beaucoup de chances que mon fils figure parmi les blessés. Mais je garde un petit espoir : Steve mettait toujours son portefeuille et le reste dans un sac à dos. Il est peut-être sur un lit d’hôpital et on n’arrive pas à l’identifier parce qu’il n’a rien sur lui.”

Claude et sa belle-fille Isabelle patienteront à l’hôpital militaire jusqu’à 4 h du matin. “Anne-Claire, de la Croix-Rouge, et Lucrèce, du DVI, ont été admirables. Elles nous ont soutenus en permanence. Anne-Claire est même venue à l’enterrement. On a dû remplir pendant une heure trente un formulaire ante-mortem pour décrire Steve de la tête aux orteils. À 4 h, on nous a dit de rentrer chez nous. Quatre heures plus tard, le mardi matin donc, j’étais de retour sans ma belle-fille, restée avec les enfants. À 9 h, un aumônier de l’hôpital militaire m’a présenté ses condoléances alors que mon fils n’était pas encore identifié. C’est scandaleux. À 11 h 20, on nous annonce que, pour 14 h, un autre cadavre serait identifié. Je sentais que ça allait être à moi d’être appelé dans la petite salle.”

14 h 20 : “C’était mon tour à apprendre officiellement l’horrible nouvelle.” Steve sera identifié formellement grâce à un “petit détail” fourni par son papa, comme il nous l’explique ci-contre.



© La Dernière Heure 2010
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