Faits divers L’inculpé, Idriss A., a refait les gestes qui ont conduit Liban Moustapha Hassan à perdre ses deux yeux.

La place du champ de Mars, dans le quartier Matongé à Ixelles, a été bloquée, jeudi soir durant deux heures, sous haute surveillance policière, pour protéger des regards la reconstitution judiciaire d’un crime qui avait choqué Bruxelles, en novembre dernier.

Idriss A., un Néerlandais de 33 ans, a été extrait de sa cellule et a mimé les gestes qui l’y ont conduit, en présence de la victime, Liban Moustapha Hassan, à la demande de la juge d’instruction Carine Anthonissen.

Le 6 novembre 2016, à 3 h, Liban Moustapha, Belge originaire de Djibouti, est agressé avec sauvagerie devant un parking de la place du Champ de Mars, à deux pas de la Porte de Namur. L’altercation avec le suspect, Idriss A., s’est déroulée sur fond de désaccord sur la politique à Djibouti. Pour des raisons et dans des circonstances que l’instruction est en train d’établir, Liban Moustapha s’est fait tout simplement arracher les yeux. Selon la victime, interrogé plus tard par La DH, l’agression s’est faite à mains nues. Aucune arme n’a été retrouvée.

La victime, qui a définitivement perdu la vue, est un militant du Mouvement des jeunes de l’opposition, groupe qui s’oppose au pouvoir en place mais aussi à d’autres partis politiques locaux, établis à Bruxelles. Des mois avant l’agression, la lutte politique était devenue particulièrement violente. Selon Liban Moustapha et son avocat, Me George-Henri Beauthier, l’attaque n’est pas le fait d’un agresseur isolé mais d’un groupe politique. Pour l’heure, Idriss A. reste le seul inculpé dans l’affaire. Il est poursuivi, entre autres, pour des faits de coups et blessures entraînant une incapacité permanente, torture, traitement inhumain et dégradant. Des devoirs complémentaires, portant notamment sur la téléphonie ou l’étude des globes oculaires de la victime, ont été demandés.

Selon des proches de la victime, celle-ci a fait l’objet d’insultes, mercredi, lors d’une cérémonie d’enterrement dans une mosquée de la chaussée de Merchtem, à Molenbeek-Saint-Jean. Une patrouille de police de la zone Bruxelles-Ouest a même dû intervenir pour calmer les esprits.