Faits divers Le monstre de Ganshoren comparaîtra aux assises à la rentrée

GANSHOREN Ce sera le procès de l'horreur. D'une folie meurtrière au-delà de l'entendement. Le procès d'un père, d'un monstre accusé de l'assassinat - finalement donc, la justice change d'avis et ne retient pas six meurtres mais bien six assassinats - de ses cinq enfants ainsi que d'un rival, le nouveau compagnon de sa femme.

Un drame épouvantable. La nuit du 19 au 20 janvier 2001, Selamet Ozman, Turc de 42 ans qui a maintes fois déjà menacé de «massacrer tout le monde», passait de la menace à l'exécution. Dans la soirée, Ozman étranglait ses trois enfants les plus petits - dont une fillette de 4 ans et demi -, et exécutait les deux aînés, une fille et son grand frère, chacun d'une balle dans le front.

Entre-temps, sa femme, qui se doutait d'un malheur, se rendait à toutes les adresses où son ex-mari aurait pu se trouver: c'est ce qui lui a sauvé la vie, mais qui peut imaginer l'existence d'une femme dont les cinq enfants ont tous été massacrés?

Au domicile de sa femme où il pensait la trouver, Selamet Ozman croisait son rival, Mostafa, et l'abattait. Puis il entrait dans un bar, commandait à boire et remettait l'arme à la serveuse qui refusait de le croire quand il prétendait qu'il venait de tuer sept personnes.

Deux avocats, Sven Mary et Gilles Vanderbeck, ne seront pas de trop pour défendre Selamet Ozman lorsque son procès s'ouvrira aux assises après les vacances judiciaires.

Pour les psychiatres, Ozman ne souffrait pas au moment des faits et ne souffre pas actuellement d'un déséquilibre mental supprimant sa responsabilité. A l'époque, beaucoup craignaient qu'il ne fût interné et ne rejoignît les Derochette aux Marronniers.

Préméditation

«Trop facile», disait-on dans le quartier de la rue Delhove. Beaucoup avaient été choqués parce que, au départ, le juge d'instruction, écartant la préméditation, l'avait inculpé de meurtres et pas d'assassinats. Le max, pour un meurtre, c'est 30 ans.

Ces derniers mois, Ozman tient des arguments qui valent ce qu'ils valent. Ce soir-là, dit-il, il se rendait à Namur avec les enfants. Il n'avait certainement pas l'intention de se venger de sa femme en tuant les petits. Il n'avait pas d'arme, d'ailleurs.

L'arme, prétend-il, appartenait à son fils aîné. Selim aurait joué avec le pistolet. Un coup serait parti qui aurait tout déclenché. La beauté, la grandeur de notre justice, c'est de permettre à tout le monde de s'expliquer. Y compris des Selamet Ozman. Détenu à Forest, le Turc travaille en prison (comme servant). Ses avocats plaideront ce qu'il y a à plaider. Les jurés trancheront: il y a un siècle, ce mot aurait pris tout son sens. Le procès, nous pouvons l'annoncer, s'ouvrira le lundi 20 octobre. Six prénoms. Yilkdirim, Abdul-Kerim, Kismet-Ebru, Ilknur, Selim, Mostafa... Tous morts pour rien. Par leur propre père.

© La Dernière Heure 2003