Faits divers Les experts ne peuvent déterminer si le voleur allait l’agresser ou prenait la fuite au moment du tir

Juillet 2012. La grand-mère de Frédéric, qui habite à côté de chez lui à la rue Bierque à Gozée, est hospitalisée. Et pourtant, le quadragénaire entend du bruit provenant de son domicile. Supposant à juste titre la présence de cambrioleurs, il empoigne donc son vieux fusil de chasse et se rend sur place.

Comme il le redoute, Frédéric se trouve immédiatement confronté à plusieurs cambrioleurs issus de la communauté des gens du voyage. Selon ses déclarations, l’un d’eux brandit un couteau pour l’agresser, ce qui l’oblige à faire feu. Touché à l’arrière du flanc gauche, le jeune voyou de 18 ans décède peu après à l’hôpital. Les complices du voleur, eux, réussissent à s’enfuir.

La procédure judiciaire est immédiatement enclenchée et Frédéric, en état de choc, est entendu par les enquêteurs. Une instruction est ouverte et le juge place le tireur sous mandat d’arrêt pour coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Une détention qui se justifie surtout par mesure de protection, car les menaces de représailles sont bien réelles. Après les faits, Frédéric a d’ailleurs quitté la région…

Mais l’affaire doit un jour être jugée et, ce lundi, le quadragénaire a comparu devant le tribunal correctionnel de Charleroi. Si la chambre du conseil a retenu la qualification de coups et blessures ayant entraîné la mort sans intention de la donner, le parquet général, lui, maintient des qualifications de meurtre, estimant que le prévenu a bien voulu tuer le cambrioleur.

Afin d’y voir un peu plus clair, le tribunal a convoqué l’expert en balistique et le médecin légiste, histoire de savoir si le jeune Gitan s’approchait du prévenu… ou s’il était en train de s’enfuir.

À cette question, les experts n’ont pu apporter de réponse formelle. Oui, le cambrioleur a bien été atteint à l’arrière du flanc gauche, ce qui laisse supposer que dans une posture statique, on lui a tiré dans le dos. Sauf que la scène doit s’analyser de façon dynamique, avec peut-être un ultime mouvement de recul face à l’arme et/ou une bousculade avec le complice qui se trouvait à ses côtés.

On sait en revanche que le défunt se trouvait à moins de deux mètres du bout du canon et qu’il est tout à fait possible qu’aucune trace de sang n’ait été retrouvée à l’endroit où, selon le tireur, se trouvait le jeune Gitan.

En revanche, les blessures que Frédéric présentait à la main peuvent s’expliquer par l’usage d’un couteau, voire par les éclats provoqués par l’éclatement du pare-brise des cambrioleurs, lorsque le prévenu les a poursuivis. Bref, il y aura de quoi débattre, lors de la prochaine audience qui se tiendra le 5 mars. À noter que malgré le décès du jeune voyou, aucun proche ne s’est constitué partie civile.