Faits divers Le 30 septembre 1982, un policier communal de Wavre, Claude Haulotte, était tué dans l'attaque de l'armurier Dekaise...

WAVRE Daniel Dekaise, 27 ans, tient depuis quatre ans une armurerie à Wavre. Ce jeudi-là - jour de marché - n'était pas précisément le plus propice pour concevoir un hold-up. Sauf à tabler sur le fait que les policiers tarderaient à se frayer un chemin dans le centre-ville.

A dix jours des élections, Claude Haulotte, 33 ans, policier communal à Wavre, distribue des convocations dans les boîtes aux lettres. Blessé (en service) le mois précédent, le policier rentrait - ce matin-là - d'un congé maladie.

Au comptoir, Daniel Dekaise s'entretient avec deux clients, Gérard Gradzki et Cyrille Seykens. Personne ne prête attention à la VW Santana bleue qui vient de piler rue de Bruxelles, devant l'établissement.

Visages à moitié masqués, deux individus descendent, surgissent dans l'armurerie, donnent l'ordre aux clients de s'allonger ventre à terre et hurlent aux oreilles de Dekaise de faire de même: ´Couché ou tu crèves!´

De l'avis de beaucoup, les deux hommes opèrent un tri. L'argent ne les intéresse pas. Ils s'emparent de quinze armes de poing, un Beretta, deux pistolets-mitrailleurs Ingram, trois Colt 45, un 7,65 mm italien, un pistolet FN de calibre 22, quatre Smith et Wesson 9 mm et 357 Magnum et encore trois Ruger 45 et 357 Magnum. Beaucoup serviront.

Rue de Bruxelles, deux passants témoins du hold-up préviennent l'agent Haulotte du danger. Celui-ci, bon tireur et courageux, veut intervenir. Il est aussitôt abattu d'une balle dans la tête tirée dans le dos, probablement depuis la Santana.

Les tueurs démarrent vers Bruxelles. Les services de police, entre- temps alertés, reçoivent le signalement d'une Audi 80: la méprise vaudra à deux gendarmes de Wavre (à bord d'une R 4) d'approcher sans méfiance d'une VW Santana... et d'essuyer des coups de feu. La fusillade faillit faire deux victimes de plus, l'adjudant-chef Roland Campinnne - décédé depuis lors - et son collègue Bernard Sartillot.

Le soir même, la VW Santana était retrouvée - en feu - drève des Tumuli, en forêt de Soignes. Elle portait des doublettes (procédé alors peu répandu consistant à utiliser l'immatriculation d'un véhicule identique). On y trouve les restes d'une balance de précision (matériel pour toxicomane?). On pense que la voiture aurait circulé en Suède.

Mais il faudra douze mois encore - et l'attaque en septembre 1983 du Colruyt de Nivelles (trois morts dont un gendarme) - pour lier l'affaire Dekaise aux tueries du Brabant, invraisemblable série totalement inexpliquée encore à ce jour de hold-up meurtriers: au moins vingt-huit morts dont nombre de victimes abattues dans des supermarchés sans la moindre nécessité.

Première victime des tueries, l'agent Haulotte ouvrait la liste il y a vingt ans aujourd'hui. Claude Haulotte était policier à Wavre depuis dix ans. Le jour de ses funérailles, un jeune procureur du Roi nivellois, Jean Deprêtre, prononça ces mots prophétiques: `Il importe, dit-il, que le Brabant wallon ne devienne pas une terre de carnages.´


© La Dernière Heure 2002