Faits divers Cédric Berny, toxicomane, a été reconnu coupable de destruction par incendie ayant entraîné la mort.

Cédric Berny, natif de Charleroi, a été condamné vendredi dernier, en France, à la prison à vie pour avoir tué un homme chez lui, en mettant le feu à l’appartement. Les débats ont fait ressortir la "dangerosité exceptionnelle" de ce toxicomane, adepte de "teufs" , décrit comme un psychopathe.

Ils sont trois, tous penauds, assis sur des chaises, la tête baissée, encore effarés par leur bêtise. Il y a Cédric Berny, 28 ans, dit Le Belge car natif de Charleroi, seul dans son box, bouffi par les médicaments, cheveux blonds mis en queue-de-cheval. Du 12 au 16 décembre, ils comparaissent devant la cour d’assises de Nanterre, près de Paris. Les premiers sont jugés pour vol avec violence en réunion, Berny, en plus, pour destruction par incendie ayant entraîné la mort.

Le soir du 7 février 2014, Berny dévoile son plan à ses trois amis : aller chez un dénommé Philippe et le faire sniffer du Subutex à son insu. Ce puissant substitut à l’héroïne doit le neutraliser, le rendre malade et laisser le temps à Berny et sa bande de le délester de quelques biens : matériel High-Tech, drogue et liasse de billets.

Philippe est un peu "simplet", handicapé à 80 %. Sympathique sexagénaire féru de musique électronique, connu dans le monde des raves et du clubbing, il invite des tas de jeunes "teuffeurs" chez lui, à Vanves, tout près de Paris. Il a rencontré Berny en "teuf". C’est tout naturellement qu’il accueille les 4 jeunes, tous adeptes de rave-parties et consommateurs de drogue.

Chez Philippe, le temps passe, ils fument des joints et prennent des produits, mais le Subutex ne fait pas effet. Les trois jeunes qui accompagnent Berny se découragent et vont partir, quand soudain Le Belge frappe Philippe. Les trois partent en vitesse, reprennent leur voiture et récupèrent Berny 10 minutes plus tard, les bras chargés de matériel volé. Quelques jours après, les journaux les informent : Philippe est mort dans l’incendie de son appartement.

"Le corps a été retrouvé le long de la baie vitrée. Tout était dévasté", explique à la barre le directeur d’enquête. La police identifie Berny grâce à la téléphonie et l’interpelle quelques jours après. Il nie et rejette la responsabilité sur les trois autres, qui sont interpellés et s’expliquent. Leur version est corroborée par plusieurs témoignages : Berny a confié à trois amies qu’il avait mis le feu chez Philippe, qu’il l’avait frappé et étranglé avec un câble. Surtout, il a fait le récit détaillé de son crime à un codétenu. L’accusé est décrit comme menteur, manipulateur, voleur.

À l’audience, il s’énerve, est très volubile et confus. Il digresse et se perd dans des détails abscons. Les experts psychiatres voient en lui un psychopathe abîmé par une vie chaotique. L’avocat général requiert la prison à vie : "Ce qui me frappe chez Berny, c’est sa dangerosité exceptionnelle", lance-t-il aux jurés.

La cour l’a entendu : Cédric Berny est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité avec 22 ans de sûreté, la peine maximale. Les trois autres écopent de deux ans de prison, dont 15 à 18 mois de sursis.


Le parcours chaotique d’un enfant de Charleroi

La vie de Cédric Berny est jalonnée de malheurs, qui ont contribué à faire de lui un psychopathe, un meurtrier.

Le récit de sa vie donne le tournis : "Quand j’explique ça à un psy, il est vite perdu", explique Cédric Berny à la cour d’assises de Nanterre. Né en janvier 1989, il habite non loin de Charleroi avec ses parents qui se séparent rapidement. Sa mère, avec qui il vit, se remarie avec son oncle paternel, alors que son père se met en ménage avec la meilleure amie de sa mère. En 2001, Cédric Berny n’a que 12 ans quand sa mère et l’une de sa petite sœur de 7 ans périssent dans l’incendie criminel de leur maison. Lui qui nourrit déjà un passé de pyromane sera suspecté d’être l’auteur de cet incendie mortel.

Il part vivre chez son père, un homme oisif et coureur, qui emmène sa fille dans les soirées échangistes qu’il fréquente. L’adolescent, gravement hyperactif, est dans une école pour handicapés qu’il quitte à 12 ans. Il fugue sans arrêt et finit par être mis à la porte le 31 décembre 2007. Commence une vie d’errance : il part à Paris, puis à Strasbourg, où il intègre le monde des "teufeurs", adeptes de musique électronique, de rave-parties et d’absorption massive de toutes drogues existantes. Il est dealer, voleur, bagarreur et vit dans des squats. Océane, avec qui il a eu un enfant, explique à la cour : "Il m’a battue, séquestrée, a tenté de me tuer."

Ce qui intrigue, chez Cédric Berny, c’est la quantité d’incendies qui ponctuent sa vie. Il aurait mis le feu à ses jouets dès l’âge de 3 ans, avant le tragique décès de sa mère et de sa sœur… dans un incendie pour le moins troublant.

À Lille, il incendie la maternité où son fils vient de naître, en 2011. Plus tard, dans un squat, il fait brûler le matelas où sa compagne, Océane, dormait, et brûle un jour une cabane non loin d’un autre squat. En 2014, à Vanves, c’est par le feu qu’il décide d’occire sa victime. Est-il un authentique pyromane ? "On ne peut pas analyser la pyromanie, car l’accusé réfute toute tendance", explique un psychiatre à la barre.

Cédric Berny présente un profil psychopathique très net, directement lié à son enfance "délétère", à l’absence de cadre affectif et éducatif.

Avec un casier judiciaire riche comme une saga sans fin, il atterrit de nombreuses fois derrière les barreaux. Comme en 2011 et 2013, deux épisodes à nouveau marqués par les décès suspects. Coïncidences ? Par deux fois, son codétenu se suicide par pendaison sans qu’il intervienne…

Intolérant à la frustration, absence d’empathie, rapport conflictuel à la loi, c’est un homme perdu qui s’égosille en vain dans son box d’accusé à la cour d’assises, qui a décidé que non, Cédric Berny, Le Belge, n’était pas récupérable.