Faits divers Huit princesses des Émirats arabes unis jugées pour de l’esclavagisme moderne sur les servantes logées dans l’ex l’hôtel Conrad.

Elles n’ont pas daigné se présenter à l’audience. La distance avec les Émirats arabes a joué. Et peut-être un sentiment d’impunité, selon plusieurs avocats des parties civiles. Le très attendu procès des Princesses de l’hôtel Conrad s’est ouvert hier matin devant la 59 e chambre correctionnelle de Bruxelles.

Une incroyable histoire d’esclavage moderne, où une richissime princesse, Sheikha Hamda Alnehayan, ses sept filles ainsi que leur ancien majordome sont jugés pour des traitements inhumains et dégradants, séquestration et traite d’êtres humains sur plus d’une vingtaine de leurs anciennes servantes.

Pendant des mois, en 2008, la cour princière vivait au 4e étage de l’hôtel Conrad (aujourd’hui Steigenberger), le plus luxueux de la ville. Tout avait pratiquement été privatisé. Au point que la famille princière s’est sentie chez elle. Et a dépassé les bornes avec les jeunes femmes à son service.

C’est ainsi que , pendant des mois, des dizaines de jeunes femmes de nationalités diverses (Philippines, Erythrée, etc.) arrivaient en Belgique pour travailler dans cette cour morbide. On leur y prenait leur passeport à la signature de leur contrat. Leur salaire était pathétique, entre 100 et 200 euros par mois. Les jeunes femmes devaient travailler tous les jours, parfois plus de 20 heures. Elles dormaient à huit dans une chambre, toutes n’avaient pas de matelas. Certaines devaient dormir devant la porte d’entrée des jeunes princesses pour pouvoir intervenir plus vite. "Elles finissaient le travail tôt le matin et dormaient ensuite trois ou quatre heures, tout en restant d’astreinte. Si une princesse se réveillait la nuit et demandait à ouvrir la fenêtre, elles étaient là. Leur cynisme est total : en neuf ans de procédure, aucun remboursement n’a été entamé", lance Me Jean-Pierre Jacques, avocat de deux ASBL et d’une victime.

Me Alexis Deswaef fustige la défense "qui a tout fait pour ne pas se retrouver devant le tribunal. Tout illustre une absence de remise en question. C’est une famille régnante qui ne fait pas partie de ce monde et pour qui tout s’achète", lance-t-il. Seules deux victimes se sont présentées à la barre. L’une d’entre elles a expliqué : "Quand je suis arrivée, je pensais que c’était le paradis". Avant de déchanter. "On m’a pris mon passeport. À partir de là, la nuit, je devais changer les couches. Je ne dormais jamais dans une chambre mais dans le couloir. La chambre ne servait qu’à changer les enfants…"

Les victimes ont demandé entre 2.500 et 7.500 euros de dommage moral, ainsi que 50 euros par jour travaillé au titre de dommage matériel. Toutes victimes comprises, la facture dépasse allègrement le million d’euros. Paradoxalement, une paille pour cette famille princière qui trône sur plus d’un milliard d’euros…


Des peines de 18 mois de prison réclamées

L'auditeur du travail Henri Funck a requis vendredi matin, devant le tribunal correctionnel de Bruxelles, des peines de 18 mois de prison à l'encontre des prévenus dans l'affaire des "princesses du Conrad", ainsi que des amendes pour un montant total de 1.897.500 euros. Les avocats de la défense, eux, ont plaidé l'acquittement. L'auditeur a estimé que les préventions devaient être établies et a réclamé des peines de 18 mois de prison à l'encontre des prévenus, sans s'opposer à un éventuel sursis.

Il a également requis des amendes pénales de 15.000 euros par travailleuse victime, augmentées d'intérêts. Il a ainsi demandé la condamnation des prévenus, solidairement, à la somme totale de 1.897.500 euros. La défense, elle, a plaidé l'acquittement des prévenus. Celle-ci estime que c'est la société "Private Department", qui a signé les contrats d'emploi avec les victimes, qui est responsable devant la justice.

Le jugement sera prononcé le 23 juin prochain à 9h00.