Instituteur agressé à cause d’un éléphant bariolé

Gilbert Dupont Publié le - Mis à jour le

Faits divers

Il avait proposé aux enfants de l’école Jacques Brel de Jette des livres pour la tolérance et contre le racisme

BRUXELLES Un enseignant responsable de la bibliothèque scolaire d’un établissement primaire a été menacé par un parent d’écolier, jeudi après-midi, dans la cour de récréation de l’école Jacques Brel, à Jette.

Très agressif en paroles, le père de l’écolier reprochait à l’instituteur de “manipuler les esprits” des enfants en leur proposant des livres pour la jeunesse véhiculant de mauvaises idées. L’incident s’est poursuivi dans le bureau de la directrice.

L’enseignant explique que la petite bibliothèque de l’école propose aux enfants des livres tels que Monsieur Rond et Madame Carré , Elmer l’Éléphant bariolé ou Mon papa a peur des étrangers . Autant d’ouvrages de référence dans l’enseignement fondamental pour apprendre aux plus jeunes à combattre le racisme. Sur l’intervention de la directrice, le père a fini par quitter l’école sans qu’il y ait eu de violence physique.

Néanmoins très choqué par l’agressivité verbale, l’instituteur s’est adressé à la police de la zone Ouest, ajoutant que lors des faits, le père a aussi déclaré : “Et là, vous avez de la chance que je suis calme et de bonne humeur. […] Si j’étais Turc ou Irakien, je vous aurais déjà planté un couteau en plein cœur et en douce sans que vous vous en rendiez compte.” Le service de police a rempli une fiche d’information.

Et hier, au dernier jour de l’année scolaire avant deux mois de congés, Didier Herbots était en incapacité de travail.

Enseignant depuis le début des années 1990, il s’étonne que cet homme ait pu s’introduire dans l’enceinte de l’établissement, avant la fin des cours. “C’était délibéré. Il m’avait repéré. Il savait que je m’occupe en effet de la bibliothèque. Les livres que nous proposons aux enfants traitent de la tolérance, de la diversité, du non-racisme. Selon ce père, l’école s’occupe de ce dont elle n’a pas à s’occuper et ces ouvrages dont beaucoup ont reçu des récompenses, sont des livres vulgaires que l’école n’a pas à mettre entre les mains d’un écolier.”

La directrice a cherché à apaiser les esprits, évitant d’engager une polémique à la veille de deux mois de vacances. Du coup, le papa l’a traitée de “directrice-bidon”.

Quant à la police, elle a refusé d’acter la plainte pour menaces et harcèlement de l’enseignant, jugeant que de “toute façon, le parquet classera sans suite”.



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