Faits divers Le patron du FN et sa compagne Audrey Rorive sont au centre de deux dossiers à Bruxelles

BRUXELLES Le parquet de Bruxelles s'intéresse au président depuis 20 ans du Front national Daniel Féret et à sa compagne Audrey Rorive. Le juge Frédéric Lugentz a charge de deux instructions. Celles-ci concernent ce qu'on a appelé le «système Féret» et qu'une émission de télé avait dénoncé en début d'année.

Si le Dr Féret a souvent eu maille à découdre avec la justice, c'est la première fois que la machine judiciaire attaque sur le plan financier - et pas d'éventuels propos racistes ou haineux - l'indéboulonnable patron du FN, principale formation francophone d'extrême droite.

Hier, le premier substitut Jos Colpin confirme que le parquet a ouvert ce dossier financier le 25 octobre et l'a mis à l'instruction le 18 novembre. S'il ne le précise pas, c'est un dossier ouvert pour «faux et usage», «escroquerie», «détournement» et «organisation d'insolvabilité». Le parquet vise Daniel Féret et sa compagne députée et esthéticienne de 32 ans, Audrey Rorive.

Seul, cette fois, Daniel Féret, 61 ans, fait depuis mars 2005 l'objet d'une instruction chez le même juge Lugentz, au départ d'une plainte avec constitution de partie civile. Le juge d'instruction devra vérifier dans quelle mesure le couple qui siège depuis 2004 au Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale est protégé par une immunité.

Villa et arriérés d'impôts

Le 12 janvier 2005, notre confrère de la RTBF Jean-Claude Defossé, dans une enquête sur les dessous du Front national, avait déjà révélé que Daniel Féret devait au fisc de l'ordre de 200.000 € (motif pour lequel l'indemnité parlementaire de l'intéressé avait dû être saisie, prétendait-il). L'émission révélait également que Féret venait de signer un compromis de vente pour une villa de 500.000 € au cap d'Agde. Féret qui devait de l'argent au fisc avait les moyens de s'offrir une villa dans le Midi: ne serait-ce point ce que le code pénal nomme une organisation d'insolvabilité? L'affaire du cap d'Agde fait partie des éléments pluriels que l'enquête se promet de vérifier. L'enquête judiciaire vise aussi l'habitude - dénoncée jusqu'au sein même du FN - qu'appliquerait Daniel Féret de confondre son portefeuille et son argent avec l'argent du parti - qui a reçu jusqu'à 600.000 euros de subsides par an -, le fameux système Féret ?

Bien qu'habitué des palais de justice, le président-fondateur du FN belge n'a plus été condamné au pénal depuis 1987: 1 an de prison (avec sursis) en cour d'appel à Mons pour avoir délivré un faux certificat médical qui servit d'alibi à une délinquante poursuivie pour hold-up.

Depuis l'an passé, le Dr Féret est poursuivi en correctionnelle à Bruxelles pour incitation à la haine raciale. Il est défendu par un avocat lui-même condamné en 1999 à 1 an avec sursis. Le procès a dû reprendre le mois passé. L'avocat général Godbille a demandé 2 ans d'emprisonnement ferme ainsi que la dissolution de l'asbl Front national.

Féret, qui n'a plus droit au sursis, risque gros.

© La Dernière Heure 2005