Faits divers

Le collabo n’éprouve pas de remords à l’égard de cet homme qui “parlait en mal” de Hitler

SAINT-SÉBASTIEN Paul ? Pablo ? Van Aerschodt ? De Aerschot ? Simons ? Devant ses multiples identités, on a convenu, dans l’entretien, que nous l’appellerions Paul.

Dans sa condamnation à mort, le conseil de guerre de Charleroi retient à charge du “premier accusé” (Van Aerschodt Paul) le fait d’avoir “méchamment dénoncé à l’ennemi le sieur Mathieu”.

Soixante-cinq ans après, Van Aerschodt ne nie pas. Lui dont la mémoire est stupéfiante, incroyable pour un homme de 88 ans, nous parle d’un professeur mais nous dit avoir oublié le nom. Nous le lui rappelons : “Mathieu” .

Il nous fixe. Son regard est bleu. “Posssible. (Silence). Oui. En effet, le père Mathieu.”

Un de ses professeurs à Saint-Luc, un institut professionnel et des beaux-arts à La Louvière. Et ce M. Mathieu était leur professeur d’ajustage. Sa version aujourd’hui ? “Toute la classe constatait que c’était un professeur qui avait des opinions. Cela veut dire qu’au lieu de donner ses cours, il parlait beaucoup de cinéma, de football et de politique .”

Nous comprenons qu’il “parlait en mal” des Allemands et de Hitler.

Van Aerschodt poursuit : “Et comme j’étais le seul de la classe à parler l’allemand, les autres m’ont délégué pour que j’aille le dénoncer.”

Paul Van Aerschodt précise qu’il s’est en effet rendu à la Kommandantur de Mons qui se trouvait – la mémoire lui revient – rue de la Grosse Pomme.

Alors, dit-il, les Allemands l’ont convoqué, M. Mathieu s’est fait “eng…” , il a sans doute reçu un avertissement et il est revenu. Van Aerschodt dit bien que son professeur est revenu, qu’il n’a pas, selon lui, été déporté mais aussi qu’ils ne se sont plus revus par la suite.

Nous insistons; nous voudrions savoir s’il sait ce qu’il est advenu de M. Mathieu, s’il s’est inquiété, s’il a pris de ses nouvelles puisque nous sommes alors seulement au tout début de l’Occupation et qu’il aura toutes les facilités puisqu’il entrera bientôt à la Werbestelle.

Van Aerschodt répond que “non” , qu’il n’a plus eu de nouvelles et qu’il ignore la suite.

Paul n’exprime aucune demande de pardon pour cette dénonciation d’un Belge à la Kommandantur de Mons.

À Saint-Sébastien, nous entendons des explications mais pas d’excuses, pas de demande de pardon, pas de remords. C’est après cette dénonciation que Van Aerschodt est présenté à la Werbestelle de La Louvière où il prend l’habitude d’utiliser le nom de sa mère, Simons, qu’il continue d’employer aujour- d’hui : Pablo Simons.



© La Dernière Heure 2011