Faits divers L'employé de banque enlevé garde le moral malgré tout

FOUCHES `Si mon club de minifoot avait eu besoin de moi, j'aurais été jouer cet après-midi, sans problème.´ Hier, en fin de matinée, nous rencontrons Michel Mannart devant sa petite exploitation agricole. Nous sommes au numéro 1, rue du Mauvais passage. Un chemin étroit, avec les prés et les bois comme seul horizon. Bottes aux pieds, pantalon de travail, bonnet noir sur la tête, Michel a le sourire. Difficile d'imaginer que, 2 jours plus tôt, cet employé de banque et sa famille ont vécu de pénibles événements: braqué et retenu chez lui par des malfaiteurs dans la nuit de vendredi à samedi, Michel a vu sa femme, sa belle-mère et son fils de 13 ans bâillonnés, obligés de prendre des médicaments, emmenés en camionnette

`En réalité, je n'ai jamais eu peur, confie-t-il. Je me suis tout de suite rendu compte que j'avais affaire à des professionnels. Et pour l'avoir déjà lu dans les journaux, je m'attendais à vivre ce genre de scénario. Bien sûr, j'étais tout de même inquiet pour mes proches, mais je savais qu'on ne leur ferait pas de mal.´

La suite des événements a donné raison à Michel, qui reste néanmoins très discret sur la nuit qu'il a passée: son départ le samedi matin vers l'agence Dexia de la rue de la Poste à Arlon, le braquage des employés, la fuite des malfaiteurs

`Ce dimanche, on a dormi un peu plus tard que d'habitude, c'est normal, après pareils événements. Mais ça ne sert à rien de ressasser le passé. Le travail à la ferme n'attend pas.´

Michel jette un coup d'oeil sur son fils, Nicolas. Le gamin de 13 ans charge deux ballots de paille dans la remorque de son petit tracteur, et prend le volant.

`Le meilleur moyen d'en sortir, c'est de se remettre directement dans le bain, poursuit Michel. Il s'occupe, je crois que c'est la meilleure solution. Ce matin, comme d'habitude, je lui ai demandé de me donner un coup de main. Cet après-midi, on reparlera sans doute de tout ce qui s'est passé. Seuls, en famille. Je verrai bien comment il réagira.´

Nicolas s'arrête près de nous, demande un conseil à son père. `Tout va bien´, précise le fiston avant de reprendre la navette entre la grange et l'étable. Il ne dira rien de plus. Nous non plus. Difficile, en effet, de trouver les mots justes quand on sait que ce petit bonhomme a vécu, en direct, un scénario digne des films qu'il voit parfois à la télévision: c'est lui qui est arrivé le premier à se libérer de ses liens, à délivrer sa maman et sa grand-mère.

La porte de la ferme s'ouvre: le visage cireux, les traits tirés, des poches noires sous les yeux, l'épouse de l'employé de banque vient aux nouvelles. `On ne fera aucun commentaire´, s'exclame-t-elle, avant de rentrer dans la cuisine où quelques amis sont venus aux nouvelles. `Il faut la comprendre, poursuit Michel en guise d'excuse. Elle est encore sous le choc. Mais, comme ma belle-mère, elle ne se porte pas trop mal physiquement.´

Pendant ce temps, au volant de son petit tracteur, Nicolas poursuit son travail. Pour lui, dans l'immédiat, il n'y a qu'une seule chose qui compte: terminer le travail entamé ce matin, et rentrer les ballots de paille dans la grange. Il l'a promis à son père, il faut tenir parole.