Faits divers Le procès du prédicateur des restos du Tawhid s’est ouvert hier. Portrait d’un homme qui se dit "plus musulman que jamais".

Quelques kilos en plus, un collier finement taillé, les cheveux courts et gominés, rejetés vers l’arrière, la chemise blanche immaculée, à l’européenne. Finie la barbe hirsute et l’habit du prédicateur. Une véritable métamorphose. Reste le large sourire d’un homme qui ne semble pas voir planer sur lui l’ombre de quinze années supplémentaires dans l’anonymat d’une cellule de prison.

Jean-Louis Denis, dit Le Soumis, a comparu hier à l’ouverture de son procès comme dirigeant d’organisation terroriste. Une audience organisationnelle avant le début des débats, prévu le 19 novembre prochain.

L’homme nie les faits qui lui sont reprochés. Selon le parquet fédéral, il aurait aidé au départ en Syrie de deux élèves de l’athénée Fernand Blum à Schaerbeek, Zakaria et Ismaël I., en août 2013. Ces deux jeunes avaient participé aux opérations de distribution de nourriture par l’organisation Les restos du Tawhid, à la gare du Nord de Bruxelles. Le parquet soupçonne Denis d’avoir enrôlé d’autres jeunes.

© DEMOULIN

Le parcours chaotique de Jean-Louis Denis bascule dans les années 2008-2009. Auparavant, cet enfant d’Ixelles menait une vie délurée, entre son boulot dans une taverne du cimetière d’Ixelles, son addiction au jeu et à l’alcool, ainsi que ses nombreuses liaisons féminines. Et des méfaits, dont un vol à main armée.

L’homme était même allé jusqu’à témoigner à la télévision française, dans une émission de Jean-Luc Delarue, sur sa passion destructrice pour le jeu. Déjà, l’envie de parler au plus grand nombre.

C’est à ce moment qu’il aurait décidé d’embrasser la religion, au point de devenir prédicateur de rue. Lié à Sharia4Belgium, il a organisé des distributions de repas. Il prêche et annonce le retour sur Terre de Jésus, prophète musulman. Son discours millénariste est servi aux passants.

La justice s’est alors intéressée à cet homme aujourd’hui âgé de 41 ans. Jusqu’à son interpellation, son inculpation et son placement en détention. Un homme, Murat D., l’a accusé de l’avoir "hypnotisé" pour le convaincre d’aller combattre au "pays de Cham" (Irak et Syrie). Bien avant son interpellation, Denis répétait qu’il approuvait les départs pour le djihad mais ne convainquait pas personnellement les jeunes.

En prison, son discours est devenu plus intransigeant. Dans une interview au Vif-L’Express en janvier dernier, depuis la cellule de sa prison, l’homme fustigeait les "mosquées laïcisées […] adaptées à la vie occidentale".

Pour lui, le paradis est réservé aux "musulmans rigoristes" et "beaucoup de signes annonciateurs sont aujourd’hui réunis" pour annoncer le retour "du Messie".

Aujourd’hui, par la voix de ses avocats, Mes Sébastien Courtoy et Henri Laquay, il se dit "pas malheureux en prison, plus musulman que jamais. Il dit que la justice l’accuse d’être un terroriste car il ne veut pas renier sa foi et ses convictions".

Son procès, ainsi que celui des 13 autres prévenus, s’annonce électrique.


Une chambre dédiée aux procès terrorisme

Une première en Belgique : la 70e chambre correctionnelle de Bruxelles va exclusivement traiter de terrorisme. Elle s’est ouverte hier, sous la présidence du juge Pierre Hendrickx. Plusieurs procès sont déjà prévus dès la rentrée, et notamment le 14 septembre.

"Avec tous les dossiers déjà prévus et les affaires à l’instruction, cela va occuper les magistrats d’une manière ininterrompue durant toute l’année judiciaire", observe le président du tribunal de première instance, Luc Hennart. Un signe de plus pour démontrer l’importance prise ces dernières années par le fait du terrorisme, en Belgique.