Faits divers Le 17 décembre 1991, Katrien, 15 ans, était enlevée et étranglée


ANVERS Hier soir, le parquet d'Anvers ne fait aucun autre commentaire. Il confirme - comme le montrent les photos prises en matinée - que la dépouille de Katrien De Cuyper, assassinée en 1991, a été exhumée le matin à la demande du juge d'instruction d'Anvers qui cherche à identifier son ou ses meurtriers.

Ne touche pas à un corps qui veut. En Belgique, l'exhumation est une procédure exceptionnelle que seul un juge est habilité à autoriser pour motifs graves. Depuis le mois passé, un suspect, Karl V. R., 35 ans, et donc 20 ans à l'époque de la disparition de Katrien qui avait 15 ans, est détenu pour le meurtre de l'adolescente. Il nie. Ce que la police scientifique espère en déterrant les restes de Katrien, c'est trouver le moindre élément qui pourrait confondre le suspect ou le mettre hors de cause.

Même après 15 ans, le corps de Katrien peut parler. On pense aux analyses génétiques qui, en 1991 et 1992, en étaient à leurs balbutiements. Les parents et frères et soeurs de Katrien ont été informés.

Dans le public, l'horreur des meurtres d'An, Eefje, Loubna, Élisabeth, Julie et Mélissa ont effacé qu'il y avait déjà eu des Dutroux en Belgique avant 1995. Le 17 décembre 1991, une jeune fille, Katrien, née le 29 avril 1976, disparaît après avoir passé la soirée chez son copain Christophe. Katrien devait rentrer en bus. Le GSM n'existait pas. Katrien avait téléphoné d'un café de l'Ijzerlaan à Anvers, Les Routiers, pour annoncer chez elle qu'elle aurait un peu de retard. Elle n'est jamais rentrée. L'enquête a piétiné.

Ce qui l'a caractérisée, ce sont trois lettres anonymes parvenues aux parents et à un magazine, Blik. L'une d'elles disait : "J'ai enlevé Katrien Ijzerlaan à Anvers... Je l'ai déposée à l'entrée de Brasschaat... Je l'ai invitée à monter en voiture"... Et maints détails qui ne s'inventent pas sur les moments passés avec elle et le fait que Katrien était toujours en vie quand il l'avait quittée.

Le corps fut retrouvé par hasard, six mois plus tard, le 19 juin 1992, lors de travaux d'excavation dans le port d'Anvers. On n'a jamais su si Katrien avait subi des violences sexuelles. Mais elle a été étranglée.

Quinze ans après, l'enquête rebondit avec l'arrestation de Karl V.R. Étonnant : le suspect a un frère qui a lui-même été condamné aux assises pour un meurtre qu'il a cherché à camoufler en écrivant une lettre.

L'ADN est formel : c'est Karl V. R. qui a écrit les lettres à Blik et aux parents.

Mais le Corbeau est-il l'assassin ? Il nie. Il était connu pour harcèlement et possession de matériel pédopornographique. Selon son avocat, il a passé avec succès le détecteur de mensonges. On a fait des fouilles, en août, dans son jardin, sans rien trouver. Katrien aurait eu 30 ans en avril. Elle avait deux frères, deux soeurs, Annemie, Jan, et les jumeaux, Veerle et Wim. La maman, Godelieve, a souffert ce que seules souffrent les mères.



© La Dernière Heure 2006