Faits divers De 30 mois à neuf ans de prison requis contre 14 personnes jugées pour un impressionnant trafic de faux documents d’identité

L’amertume de la procureure du Roi Fabienne Ledure est à la hauteur de l’importance de l’atelier démantelé le 13 octobre 2015. "On a découvert rapidement que plusieurs documents sortis de cet atelier avaient été utilisés dans la planification des attentats de Paris et Bruxelles. On est au bout de l’horreur. Le point positif est que ça a permis d’avancer sur ces enquêtes, mais c’est bien le seul", observe-t-elle, faisant sous-entendre qu’il aurait été possible de mettre la main sur Mohamed Bakkali, Salah Abdeslam et Khalid El Bakraoui, Najim Laachraoui et Mohamed Belkaid avant que ne surviennent les attentats de Paris et Bruxelles.

Hier, le ministère public a requis des peines allant de 30 mois à neuf ans de prison pour le dirigeant présumé de l’organisation criminelle, Khalid Ledjeradi, un Marocain confondu par la téléphonie comme étant le donneur d’ordre de l’organisation.

Le principal technicien, Djamel Eddine Ouali, un Algérien, a vu la substitute requérir sept ans de prison à son encontre.

Quatorze personnes sont jugées depuis hier à Bruxelles, la plupart sont des intermédiaires ou des voleurs de pièces d’identité, les têtes pensantes s’occupant de la réalisation des faux et de leur envoi à travers le monde.

En aveux, Ledjeradi estime à 30 euros le prix d’achat d’un document d’identité volé. Il le faisait ensuite falsifier pour ensuite le revendre 300 euros. Il a expliqué faire un bénéfice de 30 euros par carte, contre une plus value de 200 euros pour Ouali, le faussaire. Ce que ce dernier nie formellement.

D’ailleurs, une petite main du trafic, agent de prévention au Foyer Schaerbeekois a expliqué vendre deux documents par semaine au prix de 500 à 700 euros pièce.

L’atelier de Saint-Gilles permettait d’envoyer des faux documents un peu partout dans le monde. Il a été relevé que les communications téléphoniques du boss, Khalid Ledjeradi, l’amenaient à parler avec des clients de Dubai, du Bhoutan, du Pakistan, de Norvège ou de Bolivie !

Fabienne Ledure résume ainsi : ce groupe qui se "présente comme un club de scrap-booking" dispose d’une "énorme puissance de feu internationale".

Les faux papiers étaient envoyés par la Poste, DHL ou UPS. La saisie d’un de ces colis à destination de la Grèce, en 2014, avait permis l’ouverture de l’enquête.

En tout, plus d’un millier de faux papiers ont été retrouvés par les policiers, beaucoup d’autres ont pu être réalisés avec à la clé un bénéfice énorme. Plusieurs membres de l’organisation ont ainsi bénéficié de faux papiers, des "outils de travail", comme ironise la présidente de la chambre Martine Devos, afin d’ouvrir sous un faux nom des comptes bancaires destinés à recevoir l’argent issu du trafic.

Le procès se poursuit aujourd’hui.

Julien Balboni