Faits divers

Le 17 juillet 2010, Hakim Benladghem était interrogé par la justice bruxelloise

BRUXELLES Le 17 juillet 2010, Hakim Benladghem est interrogé par la juge Panou, au n° 4 de la rue des Quatre-Bras à Bruxelles, qui veut connaître ses projets dans la vie.

Isabelle Panou est juge d’instruction. Le 16, Benladghem a été privé de liberté. Motifs ? “Participation à l’activité d’un groupe terroriste” et “fourniture de moyens matériels visant à commettre un crime ou délit en lien avec le terrorisme” .

Et Benladghem répond : “J’ai un projet en France en 2011 d’école musulmane primaire et maternelle.”

Nous avons pu nous procurer l’intégralité de l’audition. Extraits.

Quelles sont vos activités actuelles ?

“Chauffeur routier indépendant complémentaire.”

Votre formation ?

“Je possède un BAC technique et commercial ainsi qu’une formation de chauffeur poids lourd.”

Quelle est votre position par rapport au djihad ?

“J’ai une position neutre. Ceux qui la font, c’est sous leur responsabilité. Pour ce qui me concerne, je m’en tiendrai au djihad du nafs (de l’âme).”

Benladghem est interrogé sur ses (très) nombreux déplacements. La juge d’instruction fait remarquer à Benladghem qu’il possède au moins trois passeports, deux français et un algérien, ainsi qu’une carte d’identité française.

Le futur terroriste d’Anderlecht déclare avoir eu le projet de s’installer en 2007 aux États-Unis ou au Canada, pays qu’il a visités.

La juge Panou s’étonne. Car un passeport porte un visa pour l’Inde. Et ce visa lui a été délivré à Damas, en Syrie. C’est donc sûr : en septembre 2007, Benladghem a séjourné en Syrie. Motif ? Selon lui : “tourisme et commerce”.

Mais pour l’Inde, précise-t-il, “j’ai finalement renoncé” .

Son avocat n’est autre qu’Olivier Martins. Injoignable hier.

(La juge insiste) : Monsieur Benladghem, êtes-vous allé au Moyen-Orient ?

“Oui. En Arabie saoudite.”

Seulement ? Vous avez tenté à deux reprises d’entrer illégalement dans la bande de Gaza !

Benladghem (qui ment !) : “Jamais de la vie…”

Et le 6 avril 2008, vous êtes interpellé par la police égyptienne, avec du matériel ?

“Je n’ai pas été arrêté en Égypte !”

Les services français (la DCRI, NdlR) sont derrière vous. Expliquez-moi. Pourquoi s’intéressent-ils tant à vous ?

“Ils n’apprécient pas que je voyage !!!”

La juge a-t-elle souri ?

Mais déjà la voilà qui enchaîne :

M. Benladghem, selon des écoutes téléphoniques, vous avez pris contact avec la firme Millet (la marque de sport connue) le 19 avril 2010 : vous vouliez vous procurer chez Millet une veste renforcée avec du kevlar ? Pourquoi ?

“Pour me protéger du froid…”

On ignore ici aussi si la juge Isabelle Panou a pu s’empêcher d’éclater de rire.

Au final, la juge d’instruction remettra Benladghem en liberté. Mais dès ce moment, Benladghem qui se sait traqué en France (motif pour lequel il a quitté Nancy en y laissant femme et enfant) sait qu’il est aussi sous surveillance en Belgique.

Selon nos infos, Benladghem était interpellé sur la provenance de 76.000 euros, dont 56.000 dans un coffre. Me Martins devait récupérer l’argent. Y est-il parvenu ? Impossible de contacter le ténor du barreau.

Mais soit. Nissan Patrol, voyages incessants : d’où vient l’argent ? Benladghem répond à sa façon : “Mes économies.”

Selon ses dires, sa société de transport, FSI Express et Commerces, 9, rue Frans Hals à Anderlecht, lui procure (à l’époque) un salaire de 2.000 euros, dont il faut déjà retirer 525 € de loyer pour l’appartement qu’il occupe avec Leila, rue de la Courtoisie.

Chez la juge, Benladghem explique aussi ses muscles, biceps et pectoraux saillants : il pratique assidûment la gonflette et se nourrit de vitamines pour sportifs, dans un club près du rond-point du Meir, toujours à Anderlecht, et se définit comme un adepte de “body-building et de toutes les disciplines liées à la boxe, y compris la boxe thaïe”.



© La Dernière Heure 2013