Faits divers

C’est un appel anonyme qui a mis les policiers sur la trace de M. X. Ce dernier a été placé sur écoute et la téléphonie a parlé. Les conversations avec ses "clients" étaient explicites. M. X a été interpellé, le 2 avril 2014, en pleine transaction, alors qu’il était en train de vendre 17 grammes de cannabis. Une perquisition à son domicile a permis de découvrir 734 grammes de hasch et 8 kilos de résine de cannabis d’une valeur de 32 000 euros.

Placé sous mandat d’arrêt, M. X. a fait de la préventive entre le 3 avril et le 25 juin 2014. Le juge d’instruction l’a libéré sous caution (5 000 euros) et deux ans et trois mois plus tard, le voici devant ses juges. Ce père de famille de 45 ans n’a pas l’air d’un voyou. D’ailleurs, il a travaillé comme électricien. Il était même plutôt bien coté avant de basculer dans le chômage et, son avocate le reconnaît, une certaine oisiveté.

Mauvais en calcul

Il s’est mis, au début de l’actuelle décennie, à tâter de la drogue. Il reconnaît qu’il en achetait 100 grammes par semaine et en consommait 15 par jour, vendant le reste avec bénéfice pour couvrir sa consommation personnelle.

La présidente le reprend, pointant un problème évident : 15 grammes fois sept (les sept jours de la semaine) cela fait 105 grammes. Il n’y avait donc plus rien à revendre… Le prévenu acquiesce, refait ses comptes : "C’est vrai, je consommais moins, il me restait toujours une trentaine de grammes. J’achetais la marchandise 400 euros les 100 grammes, je la revendais 5 euros le gramme."

M. X. s’était déjà emmêlé les pinceaux devant les enquêteurs mais peu importe. Il est en aveux s’agissant de la vente au détail. Lui et son conseil contestent toutefois la longueur de la période infractionnelle.

Seul un de ses clients - celui qui était avec lui le soir de son interpellation - a prétendu que cette période avait commencé au début des années 2010. Le ministère public en a déduit qu’elle dure depuis au moins quatre ans, scande la défense. "Mais les autres témoignages situent le début des activités de mon client en 2012 voire en 2013. Elles n’ont donc duré qu’une grosse année, deux au maximum et cela n’est pas tout à fait la même chose" , poursuit l’avocate, qui laisse au tribunal le soin d’apprécier la nuance.

Créancier apeuré

Mais d’où provenaient donc les 8 kilos de résine de cannabis découverts dans l’appartement du prévenu ? Ce dernier prétend, sans convaincre, qu’un homme, dont il dit ne connaît que le prénom, lui a demandé de les stocker chez lui avant de disparaître à jamais, sans lui réclamer le prix de la marchandise.

Sans convaincre écrivons-nous. Sauf que la défense est, elle, convaincue qu’il est plausible que l’homme ayant remis les 8 kilos de drogue à son client ait disparu de la circulation une fois qu’il a appris l’arrestation de M. X. Il a préféré, plaide-t-elle, laisser échapper la drogue et sa créance pour éviter de tomber à son tour dans les rêts de la Justice. Une Justice qui a tenté de l’identifier et de l’arrêter mais qui, malgré écoutes et enquête, n’a pu remonter jusqu’à lui.

Sans trop se prononcer sur cette hypothèse, le ministère public estime les faits généralement établis. Pour lui, l’esprit de lucre est évident. M. X. est un dealer qui distribuait de la drogue non pour "dépanner des amis" mais pour se faire de l’argent.

Le parquet pointe la période infractionnelle mais relève qu’une saisie et une confiscation ont déjà coûté cher au prévenu. Il évoque aussi le fait que celui-ci a été condamné pour d’anciens faits mais qu’il a été entre-temps réhabilité et présente donc un casier judiciaire vierge. Bref, il requiert trois ans mais n’est pas hostile à un sursis partiel.

Un bon coup de pied là où je pense

La défense voit les choses autrement. Elle relève que M. X. a fait de la préventive et a pu se rendre compte de ce qu’était la vie derrière les barreaux. Elle précise qu’après avoir longtemps vécu d’expédients, son client recherche désormais activement du travail. Que s’il est resté longtemps au chômage, c’est en raison d’une certaine paresse mais aussi parce que son casier judiciaire n’était plus immaculé à la suite de sa condamnation et que sa réhabilitation est venue un peu tard. "Il n’est pas question que nous banalisions les faits, poursuit-elle, mais mon client a une femme et des enfants et une vraie volonté de remonter la pente. Une peine de travail, dont je laisse au tribunal le soin de préciser l’ampleur, lui conviendrait parfaitement, elle lui redonnerait le sens des réalités et de la discipline, des horaires à respecter, etc. M. X. a besoin d’un bon coup de pied là où je pense."

A titre subsidiaire, la blonde avocate plaide une peine avec sursis pour ce qui excède la détention préventive. Avant de conclure, elle conteste le montant envisagé (40 000 euros) de la confiscation. Jugement, le 13 octobre.