Faits divers

A peine condamné, il récidive derrière les barreaux...

Condamné pas plus tard qu’en décembre dernier par la cour d’assises de Bruxelles à 27 ans de réclusion pour son incendie volontaire qui a engendré la mort de l’imam Abdellah Dahdouh, l’incendiaire de la mosquée chiite Reda, Rachid El Boukhari, a poignardé dimanche matin ses gardiens de prison. Pour ce faire, il disposait de son couteau en fer, c’est-à-dire du couvert de table que l’administration pénitentiaire fournit à tous ses détenus mais qu'il avait au préalable pris le soin d'affûter.

Les faits se sont déroulés dans l’aile "travailleurs" de la prison de Forest où Rachid El Boukhari officiait en tant que "servant" depuis quelques temps. Il aurait tout d’abord poignardé une agente pénitentiaire – sa cheffe de quartier – dans le dos avant de s’en prendre aux collègues s’étant portés à sa rescousse. L’un d’eux a notamment eu le poumon perforé et a dû être opéré en urgence. Au total, ils sont six à avoir été blessés dont quatre à sang.

"Dans une aile "travailleurs", le régime est tout autre que dans le "cellulaire". Les détenus passent plus de temps à l’extérieur qu’en cellule. Il y a un régime de communauté où ils mangent, travaillent ensemble", contextualise Mohamed Bercha, délégué CSC pour la prison de Forest.

Autrement dit : pour que Rachid El Boukhari se retrouve dans cette aile de la prison, c’est qu’il avait au préalable été considéré comme un détenu qui ne posait plus de problèmes – son dernier rapport disciplinaire remontant à août 2012 – et à qui l’on pouvait désormais accorder plus de confiance, plus de liberté qu’aux autres.

Quant à savoir pourquoi Rachid El Boukhari s'en est pris aussi violemment à ses gardiens de prison ce dimanche... "Les deux autres servants qui devaient assurer ce dimanche le service avec lui ont été démis de leurs fonctions samedi. Il devait en conséquence travailler seul ce dimanche et il ne l’entendait apparemment pas de cette oreille...", explique Mohamed Bercha, délégué CSC pour la prison de Forest.

Et Cosimo Agostino, délégué CGSP pour toutes les prisons francophones du royaume, présent au moment des faits, d’embrayer : "Il lui a été expliqué qu’il risquait d’être démis de ses fonctions s’il n’effectuait pas ses tâches de nettoyage. L’information lui a été confirmée par sa cheffe de quartier. S’en est suivie une bousculade dont il a profité pour poignarder par surprise cette collègue dans le dos. Ses autres victimes ont ensuite toutes été touchées dans des zones potentiellement létales comme la tête par exemple."

Le porte-parole de l’administration pénitentiaire, Laurent Sempot, indique pour sa part ne pas vouloir "spéculer sur les raisons du crime". Et pour cause : "Nous n’avons pas encore pu interroger le détenu vu qu’il a dû être momentanément hospitalisé. Et tous les gardiens n’ont non plus pas encore pu nous livrer leur version des faits. En attendant, un suivi psychologique a été mis en place pour le personnel."

Après un détour par l’hôpital, Rachid El Boukhari n’a quant à lui pas réintégré la prison de Forest mais a été transféré dans le quartier de haute sécurité de la prison de Bruges où est pour rappel incarcéré en ce moment Mehdi Nemmouche. Une instruction judiciaire a été ouverte des chefs de tentative de meurtre & coups et blessures volontaires.

Une chose est sûre. Il aura droit à un nouveau procès. S’il repassait devant les assises, il encourrait en théorie une peine de 20 à 30 ans de prison mais, en pratique, son nouveau crime a toutes les chances d’être correctionnalisé. En état de récidive légale, il écopera alors soit au maximum de 20 ans de prison s’il est condamné pour tentative de meurtre, soit au maximum de 10 ans de prison s’il est condamné pour coups et blessures volontaires.