Faits divers Dans un carton poussiéreux, la réponse de l’IRM le 7 juin 1967 à la demande du juge d’instruction.

En sortant le papier-pelure du carton poussiéreux où il était archivé depuis bientôt 50 ans, un frisson a dû parcourir l’échine de Pascal Mormal. Nous sommes dans les caves de l’Institut royal météorologique et Pascal manipule avec précaution la mince feuille de papier qu’il extrait du carton portant la date 1967. Le document est daté du 7 juin 1967. Il est adressé à un juge d’instruction. En "mettant de l’ordre", le météorologue a exhumé la copie conservée depuis un demi-siècle de la réponse adressée par l’IRM au juge de Brabandere en charge de l’enquête pénale sur l’incendie de l’Innovation.

Le pays est sous le choc. Seize jours plus tôt, la tragédie de l’Innovation, rue Neuve à Bruxelles, a fait, dit-on à l’époque, 323 victimes tuées. C’est, depuis le Bois du Cazier (262 morts) en 1956, le bilan humain le plus lourd de l’après-guerre en Belgique.

Le juge chargé d’établir les causes du drame voulait connaître les données météo sur Bruxelles au moment de celui-ci le 22 mai 1967 entre 13 h et 19 h.

© Belga

La copie de la réponse de l’IRM dormait dans les caves. Et c’est un météorologue - âgé de… 8 mois et demi à l’époque - qui vient d’exhumer la réponse du directeur de l’IRM le 7 juin 1967. Pas d’informatique ni traitement de texte : elle est tapée à la machine.

Pour Pascal Mormal qui en fait aujourd’hui l’analyse, le travail des pompiers n’a en tout cas pas été contrarié par la météo.

La réponse de l’IRM révèle que le ciel "était couvert à très nuageux" avec "de la pluie faible" qui est tombée de façon quasi continue jusqu’à 16 h 30 environ. La vitesse du vent s’est située entre 12 et 15 km/h avec une pointe à 7,2 mètres par seconde (26 km/h) vers 13 h 20 (soit : exactement le début du drame qu’une vendeuse du rayon enfant estime entre 13 h 15 et 13 h 25, NdlR). Une vitesse du vent qualifiée de "modérée".

En conclusion, estime le météorologue, la météo "ne fut pas trop défavorable aux services de secours" et, dans les difficultés sans nombre auxquels ils durent faire face, les pompiers "n’ont en tout cas pas connu un vent fort qui aurait probablement eu pour effet de propager l’incendie de façon encore plus étendue au quartier avoisinant et de compliquer encore davantage leur tâche".

© D.R.