La famille veut savoir

Gilbert Dupont Publié le - Mis à jour le

Faits divers Pas de résultats complets d'autopsie de Faysal, décédé en prison


BRUXELLES La famille de Faysal Chaaban 25 ans décédé la nuit de dimanche à lundi à la prison de Forest après avoir reçu une injection d'un produit qui reste à confirmer, choisit la voie du dialogue. Ahmed et Najad Chaaban se désolidarisent des incidents ayant impliqué une cinquantaine de jeunes qui ont éclaté lundi soir à Bruxelles.

Pour autant, ils réclament justice et, bien que reçus par la ministre de la Justice, considèrent et crient tout haut que leur fils a été assassiné. Leur fils, très bien connu de la justice, avait, selon ses proches, des projets. C'eut été plus simple, disent-ils, si on lui avait donné sa chance quand il cherchait du travail. "95 % des Marocains d'ici n'ont pas cherché du travail comme mon fils a cherché du travail", dit le papa en pleurs. Mais ça décourage de recevoir du courrier de Lidl : "Malgré les points intéressants qui se dégagent de votre curriculum vitae, nous sommes au regret de..." . Idem de la Stib. Etc.

Pour les siens qui ne nient pas son passé judiciaire, Faysal Chaaban était détenu depuis 9 jours sans preuve si ce n'est le témoignage "douteux" d'un policier, pour des faits qu'il niait. Il n'a jamais supporté l'enfermement. C'était pourtant sa sixième incarcération.

La précédente, il y a un an, lui avait valu déjà d'être piqué et lié sur une chaise pendant trois jours. Selon ses proches, Faysal avait été battu par des gardiens qui l'avaient frappé sans laisser de traces sauf des yeux gonflés et un nez dilaté. Ils nous montrent des photos du cadavre qu'ils ont vu à la morgue et parlent de marques de piqûres aux bras et des blessures aux jambes, aux bras, à la mâchoire et près d'une oreille. Ils décrivent un corps squelettique avec la peau collée sur les os. Et du sang, disent-ils, sur les dents.

Lui a-t-on fait une piqûre d'aldol ? Le doute subsiste. Fréquemment utilisé en neurologie psychiatrique, l'aldol s'administre en principe per os (par gouttes), pas en intraveineuse. La dépouille sera rapatriée (jeudi ?) au Maroc pour être enterrée à Ksar el Kabir. En Belgique depuis 1974, les parents ont longtemps vécu à St-Nicolas. Ahmed, le papa, tient un commerce d'électroménagers. Famille soudée de six enfants.

Faysal a fait ses études à l'athénée de Forest. Pour les siens, il a le coeur sous la main. "Du genre à proposer son aide à une dame qui porte un sac trop lourd." Les policiers le voyaient d'un oeil différent. Adolescent difficile. Faysal est connu depuis ses 13 ans. Au total pour 32 faits. Principalement pour vol. Trois ans avec sursis en 2001, 20 mois avec sursis en 2005, 150 heures de travaux d'intérêt général en 2003, 175 en 2004 et comme le message ne passe pas, 200 en novembre 2005. Et cette nouvelle instruction chez la juge Bertha Bernardo-Mendez, il y a dix jours, pour un vol dans voiture qu'il nie. Mais un policier dit l'avoir vu. Faysal rentrait d'un mariage. Avec un copain qui, lui, a été libéré. Pas Faysal, et c'est sans doute cette "injustice" qui le met en rage samedi matin.

Hanane, sa copine, lui a rendu visite en prison vendredi. Le couple se connaissait depuis 7 ans. On parlait mariage. Pour Hanane, Faysal était dans son état normal. Rien ne laissait présager. Samedi matin, quand Faysal est mis au cachot et piqué une première fois, plusieurs membres de sa famille auraient pu le raisonner si seulement ils avaient pu l'approcher.

L'autopsie a été pratiquée hier après midi. Les résultats toxicologiques ne seront pas connus avant dix jours au moins, peut-être un mois.



© La Dernière Heure 2006
Publicité clickBoxBanner