Faits divers

Mais la cour d’appel de Bruxelles autorise Huguette à leur rendre visite “une fois par mois”

BRUXELLES La 2e chambre de la cour d’appel de Bruxelles vient de rendre une décision unique, en condamnant une habitante de Châtelet à se séparer de ses sept derniers chiens. C’est la conclusion d’un combat en justice de quatre ans. L’arrêt rendu la semaine passée vient de lui être signifié.

Huguette a 79 ans. On avait trouvé chez elle pas un, ni deux, ni trois, mais 112 chiens. Il ne s’agissait pas d’un élevage; la dame les collectionnait chez elle pour son agrément personnel. Mais 112 chiens à la maison, c’est infernal. Les chiens étaient conservés dans des conditions épouvantables. On en a même trouvé rendus aveugles par la gale.

Les 112 chiens avaient été saisis. Huguette voulait cependant en conserver quelques-uns. En première instance, le tribunal de Nivelles lui avait accordé sept toutous. Ce que vient de décider la cour d’appel de Bruxelles, c’est que sept, c’est encore trop. La cour la condamne à ne garder aucun chien. Elle charge l’ASBL Animaux en Péril de saisir les sept derniers des 112.

La justice a néanmoins bon cœur : la cour d’appel accorde en effet à Huguette le droit de rendre visite aux chiens “au maximum une fois par mois” . Un droit de visite aux toutous qu’elle exécutera au siège d’Animaux en Péril et que les juges considèrent comme une faveur car ils relèvent qu’“en principe, la visite d’un chenil se justifie par un souhait d’adoption”. Or, pour Huguette, il n’est évidemment pas question d’adoption.

Ce droit de visite accordé comme faveur prouve que la cour d’appel prend en compte l’amour d’Huguette pour ses animaux. Pour eux, Huguette a engagé des frais d’avocats. En outre, elle devra payer les frais de justice fixés à 1.200 euros. Elle défendait, expliquait-elle, son “droit subjectif de propriété sur ses chiens”. Chacun des 112 toutous a son nom et Huguette ne se trompe jamais. Ainsi, les 7 derniers qu’Animaux en Péril viendra saisir dans les prochains jours sont Richi, Eddy, Balsa, Heidi, Abis, Igor et Girly !

En dépit de cet amour pour les chiens, les vétérinaires du SPF Santé dont relève le Bien-être animal ont découvert des horreurs. “Chez Huguette, un souffle d’air fétide s’échappait de la porte d’entrée comme d’une bouche malade, note un témoin. La saleté est telle que la maison tout entière semble en putréfaction. Les animaux aboient dans la pénombre. Le jardin est un océan de boue mêlée de déjections et semble devoir engloutir quiconque y posera le pied. Le carrelage de la cuisine comme le sol des autres pièces disparaissent sous les excréments. Des flaques d’urine ajoutent leurs relents aigres à la puanteur. Beaucoup de chiens se sont automutilés à coups de dents ou de griffes. Deux sont aveugles. Un chien a l’arrière-train paralysé. La plupart ont des ongles démesurés. Plusieurs présentent des excroissances diverses, tumeurs ou lipomes. Les dominants ont mordu les dominés. Tous sont anxieux, désorientés et dégagent une puanteur aigre d’urine, de fèces, de crasse et de gale. Des chiens se reproduisent par consanguinité. Le cas le plus grave n’a plus un seul poil. La gale les ronge tous. Un quart des animaux présentent des selles diarrhéiques parfois même sanguinolentes.”

L’arrêt de la cour d’appel est définitif. Animaux en Péril précise que, “vu le grand âge”, elle utilisera la méthode douce pour saisir “le plus vite possible” les chiens chez Huguette. “Nous lui proposerons plusieurs dates de calendrier” , insiste Marie-Laurence Hamaide, porte-parole.



© La Dernière Heure 2011