Faits divers D’un an à sept ans de prison requis contre les sept prévenus.

Des chiens, des policiers cagoulés et des militaires : le palais de justice de Charleroi était sous bonne garde, ce mercredi, pour le procès de la filière djihadiste de Jumet (dont la plupart des prévenus sont bruxellois). Ce surnom provient en fait des prémices du dossier.

Après les attentats de Paris de novembre 2015, le parquet fédéral a appris qu’un couple de Jumet, Albin Mbesse et Nawel Zadi, se radicalisait, cherchait à acheter des armes et à se rendre en Syrie avec ses enfants et deux mineures. Via le réseau social Telegram, Mbesse organisait des groupes de discussion : sur les mariages religieux qui permettent d’être plus confortablement accueilli sur zone par l’État islamique, mais aussi sur l’incitation à préparer des actes violents en Europe.

En janvier 2016, peu avant leur arrestation, Mbesse et Bilal Mejdoubi ont d’ailleurs rencontré à Paris Inès Madani, cette Française qui voulait faire sauter le quartier de Notre-Dame avec des bonbonnes de gaz.

Mejdoubi, c’est le lien avec les autres membres de la filière. C’est chez lui, à Bruxelles, que sont organisés deux mariages religieux, dont celui de la fille de l’échevin de Molenbeek, Inès El Khannouss, avec Youness Bouamar, un individu déjà condamné pour terrorisme. Une union qui s’est faite en secret, parce que la famille de la jeune fille s’y serait opposé. Mais pour le parquet fédéral, il fallait faire vite, pour pouvoir partir en Syrie.

Sur Telegram, les discussions vont bon train, notamment avec Mohamed Maslouhi qui fomente des projets concrets d’attentats contre "ceux qui prônent la démocratie" , à savoir des magistrats, des policiers et des militaires. "J’allais perdre mes allocations sociales. J’avais la haine. Je ne serais jamais passé à l’acte" , affirme-t-il. Mais le parquet fédéral en est moins sûr.

Hormis Inès El Khannouss qui dit avoir tenté de suivre un Coran du juste milieu avant d’être rabrouée par son petit ami, tous sont en aveux d’avoir adopté les thèses de l’État islamique. Y compris Ahmed Ouider, un autre assisté social qui propageait les vidéos de propagande sur Facebook.

Le parquet fédéral a finalement requis des peines de 7 ans pour les deux dirigeants, Mbesse et Mejdoubi, 6 ans pour Bouamar en état de récidive, 5 et 4 ans pour Maslouhi et Ouider. Pour les deux filles, qui ont l’air d’avoir pris conscience de leur bêtise, un sursis probatoire est envisagé. Sur une peine de 2 ans pour Nawel Zadi et d’un an pour Inès El Khannouss. Plaidoiries mercredi prochain.


"Pas vraiment des flèches"

Dans son réquisitoire, le parquet fédéral a pointé la rapidité de l’endoctrinement et du recrutement de "bons petits soldats de Daech" , permise par les réseaux sociaux tels que Facebook et Telegram. "Et pour cela, pas besoin d’être une flèche" , a ajouté en substance la magistrate.

Albin Mbesse s’est effectivement radicalisé tout seul. Vivant de plus en plus reclus, il s’est érigé en community manager de l’EI en gérant des groupes de discussion sur les mariages, mais également sur la "fidélité à l’État" , islamique bien entendu. Il colporte des discours creux, sans bien connaître l’islam et la géopolitique. Dans sa chute, il a entraîné son épouse, Nawel Zadi.

Issue d’une famille bien intégrée, graduée en communication, cette jeune femme a revêtu le niqab et adopté les thèses radicales, au point de menacer avec un couteau de boucher des proches qui tentaient de la raisonner. Elle a envisagé le départ en Syrie, avec ses enfants, puis a réfléchi et demandé de l’aide. Avec ses 57 points de QI, Bilal Mejdoubi est considéré comme le "relais belge de l’émir français" . Il saute de joie lors des attentats de Paris, anime des groupes sur Telegram et incite à mener des actions concrètes sur le sol européen.

Lors de son arrestation, il a tenté de tuer un policier avec un marteau. Mohamed Maslouhi, lui, avait déjà un plan : il voulait acheter une kalachnikov et une moto pour "viser les gens qui prônent la démocratie" . Sans son arrestation, il serait sans doute passé à l’acte.

Ahmed Ouider, lui, est le plus discret. Il propage des vidéos d’exécutions sur le net et envoie des trajets vers la Syrie aux candidats au djihad. Comme tous les hommes dans ce dossier, il vit aux crochets d’une société qu’il exècre et qu’il veut anéantir. Malgré cette haine pour notre mode de vie, il profite des allocations pour financer ses activités terroristes. À l’instar de Maslouhi qui voulait utiliser sa pension pour payer un voyage en Syrie.

Déjà condamné à 5 ans avec sursis pour terrorisme, Youssef Bouamar est décrit par les experts comme un "radicalisé quasi incurable" . Il écoute des chants militaires qui prônent le massacre des mécréants et contacte des djihadistes pour les encourager et prendre des infos sur la vie sur zone. Il se marie en secret avec Inès El Khannouss. Par amour ou juste pour avoir une meilleure situation en Syrie ? Ce qui est certain, c’est qu’ils pensent tous qu’on leur aurait donné de l’argent et une villa alors que le pays est en guerre. L’idiotie n’empêche pas de vouloir tuer des innocents…