Faits divers Enfant, Déborah a été violée par un témoin de Jéhovah. La congrégation a tout fait pour étouffer l'affaire

BRUXELLES C'est le genre d'affaire sur laquelle pèse une chape de plomb. Le genre d'affaire pour laquelle il faut à la personne qui en est victime un courage sans bornes afin de pouvoir en parler.

C'est le cas de Déborah. Cette jeune femme de 30 ans a été abusée lorsqu'elle avait 9 ans. Les faits ont duré pendant un an et demi sans que l'enfant n'ose en parler à qui que ce soit.

Il faut dire que, comme si les choses n'étaient déjà pas assez horribles comme ça, les faits se passent au sein des Témoins de Jéhovah.

Un monde qui fonctionne selon ses propres règles. «On y est depuis qu'on est enfant», explique Déborah. «J'en ai d'abord parlé à une amie à l'école. Elle aussi était témoin de Jéhovah. Elle en a parlé à mes parents qui en ont parlé aux anciens. On a été convoqué dans une salle et il a fallu leur expliquer ce qui s'était passé. Ça a duré une demi-heure et puis la famille de mon abuseur est entrée. Ça a été horrible», raconte Déborah.

Le résultat de cet entretien, c'est que rien n'a été fait. «Non, rien du tout. Vous savez, chez les Témoins de Jéhovah, pour qu'on croie en une accusation, il faut qu'il y ait deux témoins. Par exemple, si quelqu'un vous voit dans la rue en train de fumer, ce n'est pas suffisant parce que ce sera votre parole contre la sienne. S'il y a deux témoins, ce sont deux paroles contre la vôtre et c'est eux qui ont raison», explique la jeune femme.

Bien évidemment, dans ce cas-ci, il n'y avait pas de témoin aux abus. Par conséquent, l'affaire a été simplement et proprement étouffée. Même par sa propre famille.

Déborah n'a eu d'autre solution que de se renfermer sur elle-même et d'occulter ce qui lui était arrivé. Ce n'est qu'il y a quatre ans que tout est remonté à la surface.

En 2003, elle est allée déposer plainte à la police contre son bourreau, juste un peu avant la prescription.

Mais jusqu'à présent, le dossier n'a pas beaucoup avancé. Déborah est consciente du fait que «cela aboutira sans doute à un non-lieu, mais il fallait que je le fasse».

L'an dernier, à la mort de sa maman, Déborah a eu le courage de quitter les Témoins de Jéhovah.

«C'est une secte. Vous subissez un véritable lavage de cerveau. Quand vous êtes à l'intérieur, vous ne vous rendez compte de rien. Vous n'avez pas d'amis, vous n'êtes pas dans la vie réelle.»

Aujourd'hui encore, Déborah ne comprend pas pourquoi cette loi du silence s'est appliquée. Au nom de quoi?

«Il aurait suffi d'en parler à la police à cette époque et tout aurait été fini. Mais non, personne n'a rien fait, rien dit.»

Déborah a subi une grave dépression ces dernières années. Aujour- d'hui, elle remonte peu à peu la pente et tente de se reconstruire.

C'est une épreuve d'autant plus difficile que, à cause de son combat pour faire triompher la vérité, sa famille lui tourne complètement le dos.

© La Dernière Heure 2005