Faits divers Trois membres de la Ndrangheta et une société monégasques jugés demain pour un système de détournement de fonds européens via une entreprise belge.

Le tribunal correctionnel de Bruxelles va entamer mercredi, et pour trois jours, l’étude d’un volumineux dossier de blanchiment faisant intervenir la Ndrangheta, célèbre mafia italienne implantée en Calabre. Quatre personnes physiques et une personne morale comparaissent. Trois mafieux feront défaut : Francesco Cavarretta, Silvio Facchetti et Fabrizio Sansone. Ils sont incarcérés en Italie, dans le cadre de la même affaire. Le dernier a même été condamné à plus de sept ans de prison pour un trafic de stupéfiants.

Une société financière va comparaître, l’entreprise monégasque Moores, ainsi que son ancien responsable du business italien. Cette société existe toujours et s’est adjoint les services d’un ténor comme Me André Risopoulos, car elle risque extrêmement gros dans cette histoire, et notamment la perte de son agrément.

L’affaire débute en Italie, au début des années 2000. L’Union européenne débloque des dizaines de millions d’euros de subvention pour la construction d’un chantier naval dans le port de Crotone, en plein dans la zone d’influence de la puissante Ndrangheta.

L’objectif des mafieux, comme c’est souvent le cas, est de détourner l’argent public via un audacieux système financier. Ici, l’argent récolté via l’Europe est passé par une société italienne via des fausses factures et a ensuite traversé le monde entier, en passant par Monaco, la Grande-Bretagne et des sociétés offshore situées dans des paradis fiscaux tels que le Panama.

Selon l’instruction menée par le juge Michel Claise, la société monégasque Moores a créé deux sociétés anglaises pour masquer l’identité des propriétaires des fonds détournés. Ces sociétés anglaises ont alors financé une société belge constituée en 2001. Cette société, par le biais de prêts et souscriptions d’augmentation de capital, a renvoyé l’argent vers la société italienne originelle. La boucle est bouclée, l’argent est blanchi, dans les poches de la mafia.

Et pendant ce temps, le chantier naval de Crotone a mis des années à sortir de terre, a minima, coûtant nettement moins que les dizaines de millions d’euros prévus à l’origine. La somme blanchie est estimée à 5 millions d’euros par le parquet. Pendant des années, l’entourloupe est restée discrète. Sauf qu’en 2008, le curateur de la société belge a révélé les faits et prévenu le parquet qui a ouvert une instruction. Celle-ci a mené le juge Claise jusqu’en Calabre et en Grande-Bretagne, lors de commissions rogatoires. Le substitut du procureur Gilles Dejemeppe va représenter le ministère public à l’audience, dans un dossier où l’État peut espérer se rembourser plusieurs millions d’euros. Francesco Cavarretta, le principal membre de la Ndrangheta impliqué, s’est vu d’ailleurs saisir la somme par équivalent de 21 millions d’euros au mois de juillet dernier par les autorités italiennes.

Dans les biens saisis, on compte trois propriétés, deux voitures, un quad, un bar à Isola Capo Rizzuoto, des terrains constructibles. Le dossier belge s’ajoute à ses actuels soucis judiciaires en Italie.