Faits divers

Par ailleurs, la mère de Diana passera en chambre du conseil vendredi. Diana sera inhumée samedi au cimetière de Cerfontaine

CHÂTELINEAU Tenter d’expliquer l’inexplicable. De comprendre l’incompréhensible, le non-humain. Parce que la question du pourquoi, elle taraude, depuis hier matin, toute la Belgique. Y répondre, c’est le périlleux exercice auquel Bruno Fohn, psychologue membre notamment du groupe d’aide aux parents endeuillés du Centre hospitalier régional de la citadelle, a bien voulu se plier pour nous. Sans avoir tous les éléments du dossier, sans promesse d’aboutir à une réponse qui calmera craintes et stupeur. Une mère qui tue son enfant, cela a beau être vieux comme le monde, cela dépasse toujours l’entendement.

Il le dit déjà d’emblée, “une explication, unique, toute faite, à un geste tel qu’un infanticide n’existe évidemment pas”.

Des pistes, toutefois. Une, au moins. “On est très probablement ici face à un phénomène d’ordre mental, qu’on appelle décompensation. À savoir, la perte de contrôle avec un comportement raisonnablement adapté.” En langage populaire, on dirait “pétage de plomb” , tout simplement. “Il existe deux grandes catégories de décompensation mentale. Psychotique, déjà. Il s’agit d’une perte de contact totale avec la réalité. La personne angoisse, hallucine, entend des voix, entre dans une phase de folie. Névrotique, ensuite. Ici, le contact avec la réalité est maintenu.”

Impossible de savoir, à l’heure actuelle, dans quelle catégorie Juliana Santana Duran s’est rangée, dans la nuit de dimanche à lundi, au moment de commettre l’irréparable. “Mais une mère qui tue son enfant n’agit jamais, à moins de présenter un profil de sadique mentale, par recherche de plaisir, comme peut le faire un pervers ou un tueur en série. Le scénario du meurtre confirme d’ailleurs : placer le corps dans le congélateur du domicile ne témoigne pas d’une intelligence criminelle froide et calculée, dans le but d’assouvir une pulsion, un désir ou un besoin.”

La mère de la petite Diana dit avoir agi par souci de… protéger sa fille. Aussi choquant soit cet argument, pour notre expert, il est, à défaut d’être défendable, en tout cas cohérent. “Nombre d’infanticides ont pour but de tuer l’enfant pour ne pas avoir à s’en… séparer. Dans le cas de gardes partagées, par exemple. C’est difficile à entendre, mais il y a une réelle volonté protectionniste au moment de l’acte. On cherche à éviter à son enfant la séparation, les agressions de facteurs situationnels du monde extérieur. Ce qui ne les rend évidemment pas excusables…”

Garde alternée conflictuelle et violences conjugales que la mère ne voulait pas voir décalquées contre son enfant : ce sont, effectivement, des points que la future défense de l’avocat de Juliana Santana Duran a exposés hier après midi.

Bruno Fohn précise, par ailleurs, “qu’aucun être humain n’est à l’abri d’une décompensation mentale dans sa vie. Les prisons sont également remplies d’hommes et femmes au comportement irréprochable avant une disjonction mentale. Nous pouvons tous déraper, même si nous ne présentons heureusement pas tous des facteurs favorables.”

C’est, selon le psychologue, l’une des raisons qui explique le fort engouement suscité par la mort atroce de la petite Diana dans la population : “Au-delà des circonstances tragiques et du fait qu’il s’agissait d’une jeune enfant dans la fleur de l’âge, cette histoire nous ramène tous à la mort, et à la question : moi aussi, pourrais-je un jour commettre pareille atrocité ?”

Dernier élément : “Il n’est pas exclu que le retour dans l’actualité du quintuple infanticide de Geneviève Lhermitte, notamment au Festival de Cannes, ait joué un rôle, fût-il mineur ou inconscient, dans le drame de Châtelineau…”



Les funérailles de l'enfant auront lieu samedi à Cerfontaine

La petite Diana Farkas, qui repose actuellement au domicile de son papa, sera inhumée samedi au cimetière de Cerfontaine. Une messe sera célébrée à 10h30, en l'église Saint-Lambert. L'inhumation aura lieu au cimetière de Cerfontaine. Pour l'heure, le corps de la fillette de 4 ans repose au domicile de son papa à Gourdinne (Walcourt).

A Châtelineau, devant le lieu du drame, les riverains lui rendent un dernier hommage en déposant des fleurs et des peluches.

A l'école maternelle et primaire de Bertransart à Gerpinnes, que la petite Diana fréquentait, la fancy-fair programmée samedi a été annulée.

La mère de Diana passera en chambre du conseil ce vendredi

Juliana Santana Duran, la mère de la petite Diana, comparaîtra devant la chambre du conseil de Charleroi, ce vendredi. L'instance statuera sur le prolongement de son mandat d'arrêt pour une période d'un mois.

La chambre du conseil décidera vendredi de prolonger (ou non) d'un mois ce mandat d'arrêt. Par la suite, cette reconduction s'effectuera de trois mois en trois mois.

Incarcérée à la prison de Mons, Juliana Santana Duran est actuellement défendue par Me Frédéric Ureel qui estime, à l'heure actuelle, que des doutes existent sur la préméditation.

Arrivée en Belgique dans les années 90 pour rejoindre sa soeur établie dans la région de Charleroi, Juliana Santana Duran, surnommée Oneyda, avait épousé un Carolo en 1998 pour en divorcer six ans plus tard. Elle avait ensuite rencontré Christophe Farkas, avec qui elle a conçu Diana en 2008, année durant laquelle elle a obtenu la nationalité belge.

© La Dernière Heure 2012